Les fleurs du mal, 1861· Spleen et idéal
XVI. Châtiment de l’orgueil
En ces temps merveilleux‖ où la ThéologieFleurit avec le plus‖ de sève et d’énergie,On raconte qu’un jour‖ un docteur des plus grands,— Après avoir forcé‖ les cœurs indifférents,Les avoir remués‖ dans leurs profondeurs noires ;Après avoir franchi‖ vers les célestes gloiresDes chemins singuliers‖ à lui-même inconnus,Où les purs Esprits seuls‖ peut-être étaient venus,— Comme un homme monté‖ trop haut, pris de panique, —S’écria, transporté‖ d’un orgueil satanique :« Jésus, petit Jésus !‖ je t’ai poussé bien haut !Mais, si j’avais voulu‖ t’attaquer au défautDe l’armure, ta honte‖ égalerait ta gloire,Et tu ne serais plus‖ qu’un fœtus dérisoire ! »
Immédiatement‖ sa raison s’en alla.L’éclat de ce soleil‖ d’un crêpe se voilà ;Tout le chaos roula‖ dans cette intelligence,Temple autrefois vivant,‖ plein d’ordre et d’opulence,Sous les plafonds duquel‖ tant de pompe avait lui.Le silence et la nuit‖ s’installèrent en lui,Comme dans un caveau‖ dont la clef est perdue.
Dès lors il fut semblable‖ aux bêtes de la rue,Et, quand il s’en allait‖ sans rien voir, à traversLes champs, sans distinguer‖ les étés des hivers,Sale, inutile et laid‖ comme une chose usée,Il faisait des enfants‖ la joie et la risée.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 13((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 3 distiques
- Mots à la rime
- a Théologie / d’énergie féminine, classiqueb grands / indifférents masculine, classiquea noires / gloires féminine, classiqueb inconnus / venus masculine, classiquea panique / satanique féminine, classiqueb haut / défaut masculine, classiquea gloire / dérisoire féminine, classiqueb alla / voilà masculine, classiquea intelligence / d’opulence féminine, classiqueb lui masculine, classiquea perdue / rue féminine, classiqueb travers / hivers masculine, classiquea usée / risée féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
26 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les fleurs du mal, Michel Lévy, 1868· numérisation wikisource.org· Sources