Les fleurs du mal, 1861· Spleen et idéal
LVI. L’Invitation au voyage
Mon enfant, ma sœur,Songe à la douceurD’aller là-bas vivre ensemble !Aimer à loisir,Aimer et mourirAu pays qui te ressemble !Les soleils mouillésDe ces ciels brouillésPour mon esprit ont les charmesSi mystérieuxDe tes traîtres yeux,Brillant à travers leurs larmes.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,Luxe, calme et volupté.
Des meubles luisants,Polis par les ans,Décoreraient notre chambre ;Les plus rares fleursMêlant leurs odeursAux vagues senteurs de l’ambre,Les riches plafonds,Les miroirs profonds,La splendeur orientale,Tout y parleraitÀ l’âme en secretSa douce langue natale.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,Luxe, calme et volupté.
Vois sur ces canauxDormir ces vaisseauxDont l’humeur est vagabonde ;C’est pour assouvirTon moindre désirQu’ils viennent du bout du monde.— Les soleils couchantsRevêtent les champs,Les canaux, la ville entière,D’hyacinthe et d’or ;Le monde s’endortDans une chaude lumière.
Versification
- Forme
- Douzains
- Rimes
- 3{1(aabccbddeffe) 1(aa)}
- Mètre
- Pentasyllabes et heptasyllabes (24 de 5, 18 de 7)· profil 5, 7
- Strophes
- 3 douzains, 3 distiques
- Mots à la rime
- a sœur / douceur masculine, classiqueb ensemble / ressemble féminine, classiquec loisir / mourir masculine, classiqued mouillés / brouillés masculine, classiquee charmes / larmes féminine, classiquef mystérieux / yeux masculine, classiquea beauté / volupté masculine, classiquea luisants / ans masculine, classiqueb chambre / l’ambre féminine, classiquec fleurs / odeurs masculine, classiqued plafonds / profonds masculine, classiquee orientale / natale féminine, classiquef parlerait / secret masculine, classiquea canaux / vaisseaux masculine, classiqueb vagabonde / monde féminine, classiquec assouvir / désir masculine, classiqued couchants / champs masculine, classiquee entière / lumière féminine, classiquef d’or / s’endort masculine, non classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les fleurs du mal, Michel Lévy, 1868· numérisation wikisource.org· Sources