Les fleurs du mal, 1861· Supplément aux fleurs du mal
IX. Le Jet d’eau
Tes beaux yeux sont las, pauvre amante !Reste longtemps sans les rouvrir,Dans cette pose nonchalanteOù t’a surprise le plaisir.Dans la cour le jet d’eau qui jaseEt ne se tait ni nuit ni jour,Entretient doucement l’extaseOù ce soir m’a plongé l’amour.
La gerbe épanouieEn mille fleurs,Où Phœbé réjouieMet ses couleurs,Tombe comme une pluieDe larges pleurs.
Ainsi ton âme qu’incendieL’éclair brûlant des voluptésS’élance, rapide et hardie,Vers les vastes cieux enchantés.Puis, elle s’épanche, mourante,En un flot de triste langueur,Qui par une invisible penteDescend jusqu’au fond de mon cœur.
La gerbe épanouieEn mille fleurs,Où Phœbé réjouieMet ses couleurs,Tombe comme une pluieDe larges pleurs.
Ô toi, que la nuit rend si belle,Qu’il m’est doux, penché vers tes seins,D’écouter la plainte éternelleQui sanglote dans les bassins !Lune, eau sonore, nuit bénie,Arbres qui frissonnez autour,Votre pure mélancolieEst le miroir de mon amour.
La gerbe épanouieEn mille fleurs,Où Phœbé réjouieMet ses couleurs,Tombe comme une pluieDe larges pleurs.
Versification
- Forme
- Huitains
- Rimes
- 3{1(ababcdcd) 1(ababab)}
- Mètre
- Vers de 8, 4 et 6 syllabes (24 de 8, 9 de 4, 9 de 6)· profil 8, 6, 4
- Strophes
- 3 huitains, 3 sizains
- Mots à la rime
- a amante / nonchalante féminine, classiqueb rouvrir / plaisir masculine, classiquec jase / l’extase féminine, classiqued jour / l’amour masculine, classiquea épanouie / réjouie féminine, classiqueb fleurs / couleurs / pleurs masculine, classiquea pluie / qu’incendie / hardie féminine, classiqueb voluptés / enchantés masculine, classiquec mourante / pente féminine, classiqued langueur / cœur masculine, classiquea épanouie / réjouie / pluie féminine, classiquea belle / éternelle féminine, classiqueb seins / bassins masculine, classiquec bénie / mélancolie féminine, classiqued autour / amour masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les fleurs du mal, Michel Lévy, 1868· numérisation wikisource.org· Sources