Les fleurs du mal, 1861· Spleen et idéal
XXIX. Le Serpent qui danse
Que j’aime voir, chère indolente,De ton corps si beau,Comme une étoile vacillante,Miroiter la peau !
Sur ta chevelure profondeAux âcres parfums,Mer odorante et vagabondeAux flots bleus et bruns,
Comme un navire qui s’éveilleAu vent du matin,Mon âme rêveuse appareillePour un ciel lointain.
Tes yeux, où rien ne se révèleDe doux ni d’amer,Sont deux bijoux froids où se mêleL’or avec le fer.
À te voir marcher en cadence,Belle d’abandon,On dirait un serpent qui danseAu bout d’un bâton.
Sous le fardeau de ta paresseTa tête d’enfantSe balance avec la mollesseD’un jeune éléphant,
Et ton corps se penche et s’allongeComme un fin vaisseauQui roule bord sur bord et plongeSes vergues dans l’eau.
Comme un flot grossi par la fonteDes glaciers grondants,Quand l’eau de ta bouche remonteAu bord de tes dents,
Je crois boire un vin de Bohême,Amer et vainqueur,Un ciel liquide qui parsèmeD’étoiles mon cœur !
Versification
- Forme
- 9 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 9(abab)
- Mètre
- Pentasyllabes et octosyllabes (18 de 5, 18 de 8)· profil 8, 5
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a indolente / vacillante féminine, classiqueb beau / peau masculine, classiquea profonde / vagabonde féminine, classiqueb parfums / bruns masculine, classiquea s’éveille / appareille féminine, classiqueb matin / lointain masculine, classiquea révèle / mêle féminine, classiqueb d’amer / fer masculine, classiquea cadence / danse féminine, classiqueb d’abandon / bâton masculine, classiquea paresse / mollesse féminine, classiqueb d’enfant / éléphant masculine, classiquea s’allonge / plonge féminine, classiqueb vaisseau / l’eau masculine, classiquea fonte / remonte féminine, classiqueb grondants / dents masculine, classiquea Bohême / parsème féminine, classiqueb vainqueur / cœur masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.6· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les fleurs du mal, Michel Lévy, 1868· numérisation wikisource.org· Sources