Les fleurs du mal, 1861· Tableaux parisiens
LXXXIX. Paysage
Je veux, pour composer‖ chastement mes églogues,Coucher auprès du ciel,‖ comme les astrologues,Et, voisin des clochers,‖ écouter en rêvantLeurs hymnes solennels‖ emportés par le vent.Les deux mains au menton,‖ du haut de ma mansarde,Je verrai l’atelier‖ qui chante et qui bavarde ;Les tuyaux, les clochers,‖ ces mâts de la cité,Et les grands ciels qui font‖ rêver d’éternité.
Il est doux, à travers‖ les brumes, de voir naîtreL’étoile dans l’azur,‖ la lampe à la fenêtre,Les fleuves de charbon‖ monter au firmamentEt la lune verser‖ son pâle enchantement.Je verrai les printemps,‖ les étés, les automnes ;Et quand viendra l’hiver‖ aux neiges monotones,Je fermerai partout‖ portières et voletsPour bâtir dans la nuit‖ mes féeriques palais.Alors je rêverai‖ des horizons bleuâtres,Des jardins, des jets d’eau‖ pleurant dans les albâtres,Des baisers, des oiseaux‖ chantant soir et matin,Et tout ce que l’Idylle‖ a de plus enfantin.L’Émeute, tempêtant‖ vainement à ma vitre,Ne fera pas lever‖ mon front de mon pupitre ;Car je serai plongé‖ dans cette voluptéD’évoquer le Printemps‖ avec ma volonté,De tirer un soleil‖ de mon cœur, et de faireDe mes pensers brûlants‖ une tiède atmosphère.
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 13((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 2 distiques
- Mots à la rime
- a églogues / astrologues féminine, classiqueb rêvant / vent masculine, classiquea mansarde / bavarde féminine, classiqueb cité / d’éternité masculine, classiquea naître / fenêtre féminine, classiqueb firmament / enchantement masculine, classiquea automnes / monotones féminine, classiqueb volets / palais masculine, classiquea bleuâtres / albâtres féminine, classiqueb matin / enfantin masculine, classiquea vitre / pupitre féminine, classiqueb volupté / volonté masculine, classiquea faire / atmosphère féminine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
26 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les fleurs du mal, Michel Lévy, 1868· numérisation wikisource.org· Sources