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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les horizontales, 1885

III. La Douleur de Moumoute

Henri Beauclair· 7 sizains, alexandrins surtout, 42 vers

Qu’a donc l’ombre d’Allah !V. HUGO, Orientales.

Qu’a Moumoute, aujourd’hui ?‖ disait son entourage ;Elle est triste, elle n’a‖ pas de cœur à l’ouvrage.Elle ne veut point voir‖ son large canapé.Aurait-elle perdu‖ ses valeurs à la Bourse ?— On a vu le Jourdain‖ remonter vers sa source.Pourquoi ce front préoccupé ?

Qu’a la belle, ce soir ?‖ que sa porte est fermée,Disaient les boudinés,‖ la prunelle allumée ;Il paraît qu’elle est sombre‖ et pleure abondamment.Ceux qu’elle ruina‖ lui cherchent-ils querelle ?Les spectres blancs des fous,‖ qui moururent pour elle,Sont-ils venus danser‖ dans son appartement ?

Qu’a-t-elle ? demandait‖ sa compagne fidèle ;Celui qu’elle préfère‖ a-t-il donc fait fi d’elle ?Dans ses beaux cheveux noirs‖ vit-elle des fils blancs ?Qui la peut égaler‖ dans l’une et l’autre garde ?Elle est éblouissante‖ et, tout Paris regarde,En tremblant, ses grands yeux troublants !

Qu’a Vénus ? s’exclamait‖ un poète lyrique :Pourquoi ce deuil, pourquoi‖ cet air mélancolique ?A-t-elle lu des vers‖ de monsieur Legouvé ?Quel nuage est venu‖ troubler ce ciel d’opale ?Sa paupière est bien rouge‖ et son front est bien pâle !Et tous cherchent. Hélas !‖ aucun d’eux n’a trouvé.

Si la belle qui fait‖ dresser toutes les têtesA, depuis trois longs jours,‖ abandonné les fêtesEt les bals, et le lac,‖ et ses plus chers travaux ;Ce n’est pas qu’elle ait vu‖ diminuer sa rente.Un protecteur s’en va‖ qu’il en arrive trente,Tous pleins d’ardeurs et tous rivaux !

Son chéri ne l’a pas‖ encore abandonnée.Non, celui qu’elle dore‖ a, toute la journéeMurmuré les propos‖ les plus tendres, en vain,L’argent ne tache pas‖ sa chevelure noireLa lyre et le pinceau‖ disent partout sa gloire ;On vient de la mouler,‖ en cire, pour Grévin !

Ce ne sont pas, non plus,‖ des figures funèbresQui, brillant dans sa chambre‖ au milieu des ténèbres,Ont laissé dans son âme‖ un terrible remord.Elle n’a jamais lu‖ Legouvé, — même en rêve.— Pourquoi cette douleur‖ qui l’obsède, sans trêve ?— Son bichon de Havane est mort !

Octobre 1883.

Versification

Forme
7 sizains (sizains)
Rimes
7(aabccb)
Mètre
Alexandrins surtout (38 de 12, 4 de 8)· profil 8, 6+6
Strophes
7 sizains
Mots à la rime
a entourage / l’ouvrage féminine, classiqueb canapé / préoccupé masculine, classiquec Bourse / source féminine, classiquea fermée / allumée féminine, classiqueb abondamment / appartement masculine, classiquec querelle / elle féminine, classiquea fidèle / d’elle féminine, classiqueb blancs / troublants masculine, classiquec garde / regarde féminine, classiquea lyrique / mélancolique féminine, classiqueb Legouvé / trouvé masculine, classiquec d’opale / pâle féminine, classiquea têtes / fêtes féminine, classiqueb travaux / rivaux masculine, classiquec rente / trente féminine, classiquea abandonnée / journée féminine, classiqueb vain / Grévin masculine, classiquec noire / gloire féminine, classiquea funèbres / ténèbres féminine, classiqueb remord / mort masculine, classiquec rêve / trêve féminine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 2.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

42 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Horizontales, Léon Vanier, Paris, 1886· numérisation LA BIBLIOTHÈQUE ÉLECTRONIQUE DE LISIEUX· Sources