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Poésies de Benserade, 1697· Stances, sonnets, épigrammes, etc.

À Iris

Isaac de Benserade· STANCES.· 14 quatrains, hexasyllabes et alexandrins, 56 vers

BELLE Iris, je vous aime‖ avecque violence,Je vous le dis tout haut ;Et la nécessité‖ de rompre mon silenceExcuse ce défaut.

Quelque profond respect‖ qui m’oblige à contraindreUn si hardy penser,Je croy qu’il m’est permis‖ aussi bien de me plaindreQu’à vous de me blesser.

Mon crime, en vous aimant,‖ ne sçauroit être pirePour vous en avertir ;Et je tiens que l’audace‖ est pareille à le direComme à le ressentir.

Que l’âme la plus fine‖ est aisément surprise,Et que nous nous troublons !D’abord que je vous vis,‖ je laissay ma franchiseParmy vos cheveux blonds.

Ce ne sont point vos lys,‖ ce ne sont point vos roses,Qui m’ont le mieux tenté ;Je découvre plus loin,‖ et vous avez des chosesPar delà la beauté.

Vôtre aimable vertu‖ contribuë à la flâmeQui cause mes transports,Et c’est presqu’en partie‖ à cause de vôtre âme,Que j’aime vôtre corps.

Mais, de grâce, empêchez‖ qu’un mary qui vous aime,Vous suive tout le jour ;L’avis que je vous donne‖ est pour sa gloire même,Plus que pour mon amour.

Je ne prétends à rien,‖ et je n’en solliciteL’absence ni l’abord :Je me sçay mieux régler ;‖ mais il a du mérite,Et cela luy fait tort.

Si c’est que son humeur,‖ à toute autre insensible,Cherche vôtre entretien,Eh ! n’a-t-il pas un tems‖ si doux et si paisible,Où personne n’a rien ?

Ha ! que n’est-il de ceux‖ qui, pour vaincre l’Espagne,S’en vont dés aujourd’uy !Je voudrois qu’il ne crût‖ en toute la campagneDes lauriers que pour luy.

Que nous serions heureux,‖ s’il prenoit cette voyeDont il suit le détour ;Je verrois son départ,‖ et vous auriez la joyeD’espérer son retour.

Quoique certainement‖ vous soyez bien ensemble,Que tous en soient témoins,On hait la jalousie,‖ et ce qui luy ressembleNe déplaît guères moins.

Il paroît vôtre amant ;‖ mais, las ! quand il partageL’honneur de tous mes liens,S’il vous rend mes devoirs,‖ je n’ay pas l’avantageDe vous rendre les siens.

Souffrez que je m’emporte,‖ et que je vous confesseQue je suis très-marryQu’il faille que je souffre‖ et de vôtre sagesse,Et de vôtre mary.

Versification

Forme
14 quatrains (quatrains)
Rimes
14(abab)
Mètre
Hexasyllabes et alexandrins (28 de 6, 28 de 12)· profil 6, 6+6
Strophes
14 quatrains
Mots à la rime
a violence / silence féminine, classiqueb haut / défaut masculine, classiquea contraindre / plaindre féminine, classiqueb penser / blesser masculine, classiquea pire / dire féminine, classiqueb avertir / ressentir masculine, classiquea surprise / franchise féminine, classiqueb troublons / blonds masculine, classiquea roses / choses féminine, classiqueb tenté / beauté masculine, classiquea flâme / âme féminine, classiqueb transports / corps masculine, classiquea aime / même féminine, classiqueb jour / amour masculine, classiquea sollicite / mérite féminine, classiqueb l’abord / tort masculine, classiquea insensible / paisible féminine, classiqueb entretien / rien masculine, classiquea l’Espagne / campagne féminine, classiqueb aujourd’uy / luy masculine, classiquea voye / joye féminine, classiqueb détour / retour masculine, classiquea ensemble / ressemble féminine, classiqueb témoins / moins masculine, classiquea partage / l’avantage féminine, classiqueb liens / siens masculine, classiquea confesse / sagesse féminine, classiqueb très-marry / mary masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Benserade, Paris, Librairie des bibliophiles, 1875· numérisation wikisource.org· Sources