Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies de Benserade, 1697· Stances, sonnets, épigrammes, etc.

À Madame de Hautefort

Isaac de Benserade· STANCES.· 21 quatrains, alexandrins et hexasyllabes, 84 vers

D’OÙ naît sur vôtre teint‖ cette fraîcheur nouvelle,Qui vous fait éclater,‖ mieux que vous n’éclatiez ?Je vous trouve plus grasse,‖ et vous trouve plus belleEncor que vous n’étiez.

Vous avez éprouvé‖ le tracas et la peine ;Maintenant vous goûtez‖ un repos assez doux ;C’en est là le sujet,‖ vous étiez chez la reine,Et vous êtes chez vous.

Vôtre vie est changée,‖ et vous en menez uneÀ qui dans la bassesse,‖ un beau loisir est joint ;Si le soin de la cour‖ profite à la fortune,Il nuit à l’embonpoint.

Vous obligiez les gens‖ d’une ardeur sans seconde,Et, dans l’empressement‖ dont vous parliez pour eux,Vous travailliez, ce semble,‖ à faire que le mondeN’eût plus de malheureux.

C’étoit vôtre plus chère‖ et plus noble avantureDe remplir les besoins,‖ et combler les souhaits ;Si ce malheur est noble,‖ il est d’une natureÀ ne finir jamais.

Au lieu que vous n’avez,‖ au séjour où vous êtes,Ni troubles dans l’esprit,‖ ni fatigues au corps ;Vos méditations‖ y sont libres et nettesDe crainte et de remords.

On vous a renvoyée‖ à vôtre solitude,Comme on fit dans le tems‖ du dernier de nos rois ;Et ce coup de malheur‖ vous semble aussi peu rudeQue la première fois.

Sans doute la Fortune,‖ à tout autre invincible,Ayant différemment‖ vôtre esprit éprouvé,A cherché quelque endroit‖ où vous fussiez sensible,Et n’en a point trouvé.

Sa rigueur n’a rien pû,‖ non plus que son amorce ;Quelque bien, quelque mal,‖ qu’elle ait pû vous offrir,Toûjours également,‖ et de la même force,Vous l’avez pû souffrir.

Vôtre âme qui n’est pas‖ de la trempe commune,Et dont les mouvemens‖ sont sublimes et droits,Fait aussi peu de cas‖ du vent de la FortuneQue des soupirs des rois.

L’endroit le plus sensible,‖ où la douleur vous presse,Et qui peut ébranler‖ un courage constant,Est de n’être plus bien‖ auprés d’une maîtresse,Qui vous chérissoit tant.

Que ne peut contre vous‖ dire la Renommée ?La reine a toujours eu‖ des sentimens si doux,Elle a tant de bonté,‖ vous a tant estimée ;Et ne veut plus de vous.

Son procédé n’a rien‖ que de saint, que d’auguste ;Un sujet sans raison‖ n’en est pas assailly ;Les rois n’ont jamais tort,‖ et leur colère est juste,Quoiqu’on n’ait pas failly.

Encore que sur vous‖ sa main s’appesantisse,Portez avec respect‖ ses vénérables coups,Et demeurez d’accord‖ qu’elle a de la justice,Puisqu’elle a du courroux.

Il faut tout espérer‖ de sa bonté suprême,Sinon vivre en repos‖ loin de cette bonté,Et vous bâtir un port‖ dessus le rocher mêmeOù vous avez heurté.

De là quand vous verrez,‖ après vôtre naufrage,Toucher à cent écueils,‖ cent vaisseaux égarez,Vous en aimerez mieux,‖ à cause de l’orage,L’endroit où vous serez.

Ce grand éclat n’est pas‖ ce que le peuple pense ;La cour a des dégoûts,‖ et traîne un repentir ;Jusques là, que beaucoup‖ ont quitté la puissanceQui vous en fait sortir.

Ainsi vous passerez‖ des jours très-agréablesDans un calme profond,‖ et si délicieux,Que même vôtre exil‖ parmy les raisonnables,Fera des envieux.

Comme il faut bien user‖ de l’âge qui s’écoule,Et ménager le tems‖ qui ne peut revenir,Dieu de sa propre main‖ vous tire de la foulePour vous entretenir.

C’est ce commerce étroit,‖ qui fait durer vos charmes,Et les rend plus brillans,‖ au plus fort du malheur,Qui pique votre esprit,‖ et luy fournit des armesÀ vaincre sa douleur.

Et c’est là d’où vous vient‖ cette fraîcheur nouvelle,Qui vous fait éclater‖ mieux que vous n’éclatiez,Qui rend vos yeux plus vifs,‖ et qui vous rend plus belleEncor plus que vous n’étiez.

Versification

Forme
21 quatrains (quatrains)
Rimes
21(abab)
Mètre
Alexandrins et hexasyllabes (63 de 12, 20 de 6, 1 de 7)· profil 6, 6+6, (7)
Strophes
21 quatrains
Mots à la rime
a nouvelle / belle féminine, classiqueb n’éclatiez / n’étiez masculine, classiquea peine / reine féminine, classiqueb doux / vous masculine, classiquea une / fortune féminine, classiqueb joint / l’embonpoint masculine, classiquea seconde / monde féminine, classiqueb eux / malheureux masculine, classiquea avanture / nature féminine, classiqueb souhaits / jamais masculine, classiquea êtes / nettes féminine, classiqueb corps / remords masculine, classiquea solitude / rude féminine, classiqueb rois / fois masculine, classiquea invincible / sensible féminine, classiqueb éprouvé / trouvé masculine, classiquea amorce / force féminine, classiqueb offrir / souffrir masculine, classiquea commune / Fortune féminine, classiqueb droits / rois masculine, classiquea presse / maîtresse féminine, classiqueb constant / tant masculine, classiquea Renommée / estimée féminine, classiquea d’auguste / juste féminine, classiqueb assailly / failly masculine, classiquea s’appesantisse / justice féminine, classiqueb coups / courroux masculine, classiquea suprême / même féminine, classiqueb bonté / heurté masculine, classiquea naufrage / l’orage féminine, classiqueb égarez / serez masculine, classiquea pense / puissance féminine, classiqueb repentir / sortir masculine, classiquea très-agréables / raisonnables féminine, classiqueb délicieux / envieux masculine, classiquea s’écoule / foule féminine, classiqueb revenir / entretenir masculine, classiquea charmes / armes féminine, classiqueb malheur / douleur masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

84 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Benserade, Paris, Librairie des bibliophiles, 1875· numérisation wikisource.org· Sources