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un seul est le mot juste.

Poésies de Benserade, 1697· Stances, sonnets, épigrammes, etc.

Espoir

Isaac de Benserade· STANCES.· 17 quatrains, alexandrins et octosyllabes, 68 vers

À la fin j’ai vaincu,‖ malgré sa résistance ;Mes larmes, mes soupirs,‖ mes fers et mon tourmentServent d’illustre pompe‖ et de riche ornementAu triomphe de ma constance.

La Fortune témoigne,‖ au bien qu’elle m’envoie,Dans les extrémitez‖ de mon cruel malheur,Que le plus haut étage‖ où monte la douleurEst le premier point de la joie.

De plus parfaits amans‖ ont leur peine perduë,À l’acquisition‖ d’un plus débile cœur ;Et jamais assiégeant‖ ne se vit le vainqueurD’une place mieux défenduë.

Ce cœur, ce fort puissant,‖ si pressé qu’il pût être,Soûtenoit mes assauts‖ d’une si vive ardeur,Que, sans capituler‖ avecque sa pudeur.Je n’en aurois pas été maître.

Et cette cruauté‖ qu’à la fin je surmonteEût toûjours tenu bon,‖ si je n’eusse promisDe laisser dans ce cœur‖ deux de mes ennemis.Et sa modestie, et sa honte.

Qu’aurois-je à désirer‖ au comble de ma gloire,Si ma bonne fortune‖ avoit continué,Ou si trop de vertu‖ n’avoit diminuéL’avantage de ma victoire ?

Mais sur un seul dessein‖ l’ambition se fonde ;La foule de projets‖ ne fait que nous charger :Il faut prendre une ville‖ avant que de songerÀ la prise de tout le monde.

C’est beaucoup, si l’objet‖ que mon âme idolâtreSous mon heureux pouvoir‖ se confesse abattu :Ma maîtresse est vaincue,‖ et sa seule vertuEst ce qui me reste à combattre.

Aussi ne faut-il pas‖ que je le dissimule :Elle paroît armée‖ avecque tant d’éclatQue mon amour, qui tâche‖ à la vaincre au combat,Et la défie, et s’en recule.

J’abattrai toutefois‖ sa fierté qui m’étonne ;Elle s’efforce en vain‖ de me contrarier,Puisqu’il ne manque plus‖ que ce petit laurierPour m’acquérir une couronne.

J’espère en peu de tems‖ rendre ma gloire extrême ;De ma prospérité‖ rien n’empêche le cours,Et contre sa vertu‖ c’est un puissant secoursQue de m’avoir dit : Je vous aime.

Honoré que je suis‖ d’une faveur si grande,Et voyant quelque chose‖ encore à désirer,Auprès de sa beauté,‖ que je ne puis quitter,Je remercie et je demande.

Sévère et doux auteur‖ des peines que j’endure,Amour, donne à ma flâme‖ un remède parfait ;Puisque ne m’obliger‖ que d’un demi bienfait,C’est me faire une double injure.

Force cette pudeur‖ et cette modestie,De qui ma passion‖ ne peut venir à bout :Il est de ton honneur‖ que je gagne le toutDont je possède une partie.

Fais qu’à mes doux transports‖ cette belle âme cède ;Dis-luy qu’elle me cause‖ un tourment sans égal,Et qu’on est obligé‖ de soulager le mal,Quand on dispose du remède.

Ainsi, que tous les cœurs‖ soient touchez de tes flâmes !Que tout cède au pouvoir‖ de ton nom glorieux,Puissent être à jamais‖ tes traits victorieuxDe la rébellion des âmes.

Pour moi, je bénirai‖ ton essence immortelle ;Je formeray pour toy‖ des vœux grands, mais secrets,Quand tu m’auras conduit‖ par de si beaux progrezÀ l’honneur d’une fin si belle.

Versification

Forme
17 quatrains (quatrains)
Rimes
17(abba)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (51 de 12, 17 de 8)· profil 8, 6+6
Strophes
17 quatrains
Mots à la rime
a résistance / constance féminine, classiqueb tourment / ornement masculine, classiquea m’envoie / joie féminine, classiqueb malheur / douleur masculine, classiquea perduë / défenduë féminine, classiqueb cœur / vainqueur masculine, classiquea être / maître féminine, classiqueb ardeur / pudeur masculine, classiquea surmonte / honte féminine, classiqueb promis / ennemis masculine, classiquea gloire / victoire féminine, classiqueb continué / diminué masculine, classiquea fonde / monde féminine, classiqueb charger / songer masculine, classiquea idolâtre / combattre féminine, classiqueb abattu / vertu masculine, classiquea dissimule / recule féminine, classiqueb d’éclat / combat masculine, classiquea m’étonne / couronne féminine, classiqueb contrarier / laurier masculine, classiquea extrême / aime féminine, classiqueb cours / secours masculine, classiquea grande / demande féminine, classiqueb désirer / quitter masculine, classiquea j’endure / injure féminine, classiqueb parfait / bienfait masculine, classiquea modestie / partie féminine, classiqueb bout / tout masculine, classiquea cède / remède féminine, classiqueb égal / mal masculine, classiquea flâmes / âmes féminine, classiqueb glorieux / victorieux masculine, classiquea immortelle / belle féminine, classiqueb secrets / progrez masculine, équivalente
Richesse
extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

68 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Benserade, Paris, Librairie des bibliophiles, 1875· numérisation wikisource.org· Sources