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un seul est le mot juste.

Poésies de Benserade, 1697· Stances, sonnets, épigrammes, etc.

Jalousie

Isaac de Benserade· STANCES.· 14 quatrains, octosyllabes et alexandrins, 56 vers

J’AVOIS la fièvre ardente,‖ et, comme en frénésie,Dedans mon triste lit‖ j’en sentois les assauts ;Cependant une jalousieÉtoit le plus grand de mes maux.

Un rival prend son temps,‖ choisit son avantage,Et vient voir la beauté‖ qui cause mon ennuy ;Il est sot et me fait ombrage,Car elle est sotte comme luy.

Bien mieux que ses discours‖ mon mal la persuade ;Et, si je perds le fruit‖ qui devoit être mien,C’est parce que je suis malade,Et que l’autre se porte bien.

Elle ne fit jamais‖ de si grossière faute ;Cet esprit, qui ne peut‖ former un bon dessein,Croit qu’un badin qui danse et sauteVaut un honnête homme mal sain.

Elle vient à mon lit,‖ elle me plaint sans cesse,Et voudroit, me voyant‖ de tous mes sens perclus,Me faire passer pour tristesseSon désordre et ses yeux battus.

Pour mieux dissimuler,‖ elle en veut à ses charmes,Et cependant, au point‖ qu’elle pleure mon mal,Je lis dans ses yeux tout en larmes.Un rendez-vous à mon rival.

Cette affectation‖ au dernier point me blesse ;Et lors, si je pouvois,‖ étant bien amoureux,Faire vertu de ma foiblesse.Combien je serois généreux.

Mais le Ciel, dont je suy‖ la fatale ordonnance,Luy qui ne les veut pas‖ obliger à demy,Veut encor que mon impuissanceS’entende avec mon ennemy.

Tout le monde est aux champs,‖ il est seul avec elle,Et peut bien triompher‖ de sa jeune pudeur,S’il brûle autant pour l’infidelleQu’elle ressent pour luy d’ardeur.

Je ne le puis nier,‖ ce fut avec justiceQu’elle eût pitié de moy‖ quand il en fut saison ;Mais elle peut bien par capriceCe qu’elle fit lors par raison.

Hélas ! il me souvient‖ qu’au fort de mon martyre,À pas lens et craintifs,‖ dans l’ombre de la nuit,J’allois afin de le luy direSans faire scandale ni bruit.

Mais, bien que d’elle-même‖ un autre ait la victoire,Qu’elle perde à son gré‖ la honte et la pudeur,Pourveu qu’elle n’ait pas la gloireDe nous faire perdre le cœur.

Quoique je me courrouce‖ et que je me dépite,Me désespérer tant‖ et me plaindre si haut,Ce n’est que prêcher son mériteEt que publier mon défaut.

Il faut bien qu’à son rang‖ tout le monde l’adore ;Pas un de cet honneur‖ ne doit être privé,Et j’ay tort d’y prétendre encore,Puisque mon règne est achevé.

Versification

Forme
14 quatrains (quatrains)
Rimes
14(abab)
Mètre
Octosyllabes et alexandrins (28 de 8, 28 de 12)· profil 8, 6+6
Strophes
14 quatrains
Mots à la rime
a frénésie / jalousie féminine, classiqueb assauts / maux masculine, classiquea avantage / ombrage féminine, classiqueb ennuy / luy masculine, classiquea persuade / malade féminine, classiqueb mien / bien masculine, classiquea faute / saute féminine, classiqueb dessein / sain masculine, classiquea cesse / tristesse féminine, classiqueb perclus / battus masculine, classiquea charmes / larmes féminine, classiqueb mal / rival masculine, classiquea blesse / foiblesse féminine, classiqueb amoureux / généreux masculine, classiquea ordonnance / impuissance féminine, classiqueb demy / ennemy masculine, classiquea elle / l’infidelle féminine, classiqueb pudeur / d’ardeur masculine, classiquea justice / caprice féminine, classiqueb saison / raison masculine, classiquea martyre / dire féminine, classiqueb nuit / bruit masculine, classiquea victoire / gloire féminine, classiqueb pudeur / cœur masculine, classiquea dépite / mérite féminine, classiqueb haut / défaut masculine, classiquea l’adore / encore féminine, classiqueb privé / achevé masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.0· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Benserade, Paris, Librairie des bibliophiles, 1875· numérisation wikisource.org· Sources