Poésies de Benserade, 1697· Stances, sonnets, épigrammes, etc.
Réponse aux vers précédens, par Monsieur de Benserade
QUE ce trait d’un esprit‖ adroit comme le vôtreEst délicat et doux,Et que vous feignez bien‖ de parler pour un autre,Quand vous parlez pour vous !
Que vos vers sont ardens,‖ que leur pompe est brillante,Et qu’ils sont radoucis !Il n’en faut point douter,‖ vous êtes l’Amarante,Et je suis le Thyrsis.
Ils sont de vous à moy,‖ ces vers que chacun louë,Et ne le niez plus ;Pensez à la rougeur‖ qui vous a peint la jouëDès que je les ay lus.
Pendant que je voyois‖ cette œuvre d’importance,D’un jugement bien sain,Vous tâchiez d’observer‖ si mon intelligenceAlloit jusqu’au dessein.
Mais je n’eusse pas crû‖ qu’il eût été possibleQu’on eût si tôt aimé ;Et qu’un sein à l’amour‖ fût devenu sensibleAvant qu’être formé.
Je pensois vous apprendre‖ une aimable science,Quand il en seroit temps,Et je vous attendois‖ avec impatienceÀ l’âge de quinze ans.
Que de fâcheux détours‖ ma passion évite !Mon espérance ritDe voir que tout se hâte,‖ et que le cœur va vîteDe même que l’esprit.
Nous sommes l’un pour l’autre,‖ et nos âmes blesséesFont de pareils soûpirs ;Le Ciel, même en naissant,‖ fit rimer vos penséesAvecque mes désirs.
Joignons-nous donc enfin‖ d’un lien nécessaireÀ la postérité :En travaillant tous deux,‖ nous ne sçaurions rien faireQue pour l’Éternité.
À la fin mon esprit,‖ d’une adresse assez prompte,En a trouvé le nœud,Et j’ay veu dans vos yeux‖ je ne sçay quelle honteParmy beaucoup de feu.
Aussi, quoique ces vers‖ soient exempts d’infamie,Pour être trop parfaits,Il est bon d’assurer‖ que c’est pour une amieQue vous les avez faits.
Un semblable prétexte‖ est bon pour peu qu’il vaille,Et doit être permis ;Quand j’écris, de vôtre air,‖ je dis que je travaillePour un de mes amis.
Qu’une fille à treize ans‖ d’amour soupire et pleure,C’est souvent un défaut ;Mais pour une qui fait‖ des vers de si bonne heure.C’est vivre comme il faut.
Encore que je tienne‖ à faveur singulièreL’aveu fait en ce jour,J’ay honte qu’une fille‖ ait esté la premièreÀ me parler d’amour.
Versification
- Forme
- 14 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 14(abab)
- Mètre
- Hexasyllabes et alexandrins (28 de 6, 28 de 12)· profil 6, 6+6
- Strophes
- 14 quatrains
- Mots à la rime
- a vôtre / autre féminine, classiqueb doux / vous masculine, classiquea brillante / l’Amarante féminine, classiqueb radoucis / Thyrsis masculine, classiquea louë / jouë féminine, classiqueb plus / lus masculine, classiquea d’importance / intelligence féminine, classiqueb sain / dessein masculine, classiquea possible / sensible féminine, classiqueb aimé / formé masculine, classiquea science / impatience féminine, classiqueb temps / ans masculine, classiquea évite / vîte féminine, classiqueb rit / l’esprit masculine, classiquea blessées / pensées féminine, classiqueb soûpirs / désirs masculine, classiquea nécessaire / faire féminine, classiqueb postérité / l’Éternité masculine, classiquea prompte / honte féminine, classiqueb nœud / feu masculine, non classiquea d’infamie / amie féminine, classiqueb parfaits / faits masculine, classiquea vaille / travaille féminine, classiqueb permis / amis masculine, classiquea pleure / heure féminine, classiqueb défaut / faut masculine, classiquea singulière / première féminine, classiqueb jour / d’amour masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.4· écart moyen à la rime classique 0.2
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Benserade, Paris, Librairie des bibliophiles, 1875· numérisation wikisource.org· Sources