Œuvres complètes de Béranger, 1839
La fille du peuple
Air d’Aristippe
Fille du peuple, au chantre populaire,De ton printemps tu prodigues les fleurs.Dès ton berceau tu lui dois ce salaire ;Ses premiers chants calmaient tes premiers pleurs.Va, ne crains pas que baronne ou marquiseVeuille à me plaire user ses beaux atours.Ma muse et moi nous portons pour devise :Je suis du peuple ainsi que mes amours.
Quand, jeune encor, j’errais sans renommée,D’anciens châteaux s’offraient-ils à mes yeux ;Point n’invoquais, à la porte fermée,Pour m’introduire, un nain mystérieux.Je me disais : Tendresse et poésieOnt fui ces murs, chers aux vieux troubadours.Fondons ailleurs mon droit de bourgeoisie ;Je suis du peuple ainsi que mes amours.
Fi des salons où l’ennui qui se berceBâille entouré d’un luxe éblouissant !Feu d’artifice éteint par une averse,Quand vient la joie, elle y meurt en naissant.En souliers fins, chapeau frais, robe blanche,Tu veux aux champs courir tous les huit jours :Viens ; tu me rends les plaisirs du dimanche.Je suis du peuple ainsi que mes amours.
Quelle beauté, simple dame ou princesse,A plus que toi de décence et d’attraits ;Possède un cœur plus riche de jeunesse,Des yeux plus doux et de plus nobles traits ?Le peuple enfin s’est fait une mémoire :J’ai pour ses droits lutté contre deux Cours ;Il te devait au chantre de sa gloire.Je suis du peuple ainsi que mes amours.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources