Œuvres complètes de Béranger, 1839
Le bonheur
Le vois-tu bien, là bas, là bas,Là bas, là bas ? dit l’Espérance.Bourgeois, manants, rois et prélatsLui font de loin la révérence. (bis.)C’est le Bonheur, dit l’Espérance.Courons, courons ; doublons le pas,Pour le trouver là bas, là bas,Là bas, là bas.
Le vois-tu bien, là bas, là bas,Là bas, là bas, sous la verdure ?Il croit à d’éternels appas,Même à l’amour qui toujours dure.Qu’on est heureux sous la verdure !Courons, courons ; doublons le pas,Pour le trouver là bas, là bas,Là bas, là bas.
Le vois-tu bien, là bas, là bas,Là bas, là bas, à la campagne ?D’enfants et de grains, Dieu ! quel tas !Quels gros baisers à sa compagne !Qu’on est heureux à la campagne !Courons, courons ; doublons le pas,Pour le trouver là bas, là bas,Là bas, là bas.
Le vois-tu bien, là bas, là bas,Là bas, là bas, dans une banque ?S’il est un plaisir qu’il n’ait pas,C’est qu’au marché ce plaisir manque.Qu’on est heureux dans une banque !Courons, courons ; doublons le pas,Pour le trouver là bas, là bas,Là bas, là bas.
Le vois-tu bien, là bas, là bas,Là bas, là bas, dans une armée ?Il mesure au bruit des combatsTout le bruit de sa renommée.Qu’on est heureux dans une armée !Courons, courons ; doublons le pas,Pour le trouver là bas, là bas,Là bas, là bas.
Le vois-tu bien, là bas, là bas,Là bas, là bas, sur un navire ?L’arc-en-ciel brille dans ses mâts ;Toutes les mers vont lui sourire.Qu’on est heureux sur un navire !Courons, courons ; doublons le pas,Pour le trouver là bas, là bas,Là bas, là bas.
Le vois-tu bien, là bas, là bas,Là bas, là bas, c’est en Asie ?Roi, pour sceptre il porte un damasDont il use à sa fantaisie.Qu’on est heureux dans cette Asie !Courons, courons ; doublons le pas,Pour le trouver là bas, là bas,Là bas, là bas.
Le vois-tu bien, là bas, là bas,Là bas, là bas, en Amérique ?Sous un arbre il met habit basPour présider sa république.Qu’on est heureux en Amérique !Courons, courons ; doublons le pas,Pour le trouver là bas, là bas,Là bas, là bas.
Le vois-tu bien, là bas, là bas,Là bas, là bas, dans ces nuages ?Ah ! dit l’homme enfin vieux et las,C’est trop d’inutiles voyages.Enfants, courez vers ces nuages.Courez, courez ; doublez le pas,Pour le trouver là bas, là bas,Là bas, là bas.
72 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources