Œuvres complètes de Béranger, 1839
Les contrebandiers
ADRESSÉE À M. JOSEPH BERNARD, DÉPUTÉ DU VAR AUTEUR DU BON SENS D’UN HOMME DE RIEN
Air : Cette chaumière-là vaut un palais
Malheur ! malheur aux commis !À nous, bonheur et richesse !Le peuple à nous s’intéresse :Il est de nos amis.Oui, le peuple est partout de nos amis ;Oui, le peuple est partout, partout de nos amis.
Il est minuit. Çà, qu’on me suive,Hommes, pacotille et mulets.Marchons, attentifs au qui vive.Armons fusils et pistolets.Les douaniers sont en nombre ;Mais le plomb n’est pas cher ;Et l’on sait que dans l’ombreNos balles verront clair.
Malheur ! malheur aux commis !À nous, bonheur et richesse !Le peuple à nous s’intéresse :Il est de nos amis.Oui, le peuple est partout de nos amis ;Oui, le peuple est partout, partout de nos amis.
Camarades, la noble vie !Que de hauts faits à publier !Combien notre belle est ravieQuand l’or pleut dans son tablier !Château, maison, cabane,Nous sont ouverts partout.Si la loi nous condamne,Le peuple nous absout.
Malheur ! malheur aux commis !À nous, bonheur et richesse !Le peuple à nous s’intéresse :Il est de nos amis.Oui, le peuple est partout de nos amis ;Oui, le peuple est partout, partout de nos amis.
Bravant neige, froid, pluie, orage,Au bruit des torrents nous dormons.Ah ! qu’on aspire de courage,Dans l’air pur du sommet des monts !Cimes à nous connues,Cent fois vous nous voyezLa tête dans les nuesEt la mort sous nos pieds.
Malheur ! malheur aux commis !À nous, bonheur et richesse !Le peuple à nous s’intéresse :Il est de nos amis.Oui, le peuple est partout de nos amis ;Oui, le peuple est partout, partout de nos amis.
Aux échanges l’homme s’exerce ;Mais l’impôt barre les chemins.Passons : c’est nous qui du commerceTiendrons la balance en nos mains.Partout la ProvidenceVeut, en nous protégeant,Niveler l’abondance,Éparpiller l’argent.
Malheur ! malheur aux commis !À nous, bonheur et richesse !Le peuple à nous s’intéresse :Il est de nos amis.Oui, le peuple est partout de nos amis ;Oui, le peuple est partout, partout de nos amis.
Nos gouvernants, pris de vertige,Des biens du ciel triplent le taux,Font mourir le fruit sur sa tige,Du travail brisent les marteaux.Pour qu’au loin il abreuveLe sol et l’habitant,Le bon Dieu crée un fleuve :Ils en font un étang.
Malheur ! malheur aux commis !À nous, bonheur et richesse !Le peuple à nous s’intéresse :Il est de nos amis.Oui, le peuple est partout de nos amis ;Oui, le peuple est partout, partout de nos amis.
Quoi ! l’on veut qu’uni de langage,Aux mêmes lois longtemps soumis,Tout peuple qu’un traité partageForme deux peuples d’ennemis.Non ; grâce à notre peine,Ils ne vont pas en vainFiler la même laine,Sourire au même vin.
Malheur ! malheur aux commis !À nous, bonheur et richesse !Le peuple à nous s’intéresse :Il est de nos amis.Oui, le peuple est partout de nos amis ;Oui, le peuple est partout, partout de nos amis.
À la frontière où l’oiseau vole,Rien ne lui dit : Suis d’autres lois.L’été vient tarir ta rigoleQui sert de limite à deux rois.Prix du sang qu’ils répandent,Là, leurs droits sont perçus.Ces bornes qu’ils défendent,Nous sautons par-dessus.
Malheur ! malheur aux commis !À nous, bonheur et richesse !Le peuple à nous s’intéresse :Il est de nos amis.Oui, le peuple est partout de nos amis ;Oui, le peuple est partout, partout de nos amis.
On nous chante dans nos campagnes,Nous, dont le fusil redouté,En frappant l’écho des montagnes,Peut réveiller la liberté.Quand tombe la patrieSous de voisins altiers,Mourante elle s’écrie :À moi, contrebandiers !
Malheur ! malheur aux commis !À nous, bonheur et richesse !Le peuple à nous s’intéresse :Il est de nos amis.Oui, le peuple est partout de nos amis ;Oui, le peuple est partout, partout de nos amis.
118 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources