Œuvres complètes de Béranger, 1839
Couplets
SUR LA JOURNÉE DE WATERLOO
Air : Muse des bois et des accords champêtres
De vieux soldats m’ont dit : « Grâce à ta Muse,« Le peuple enfin a des chants pour sa voix.« Ris du laurier qu’un parti te refuse ;« Consacre encor des vers à nos exploits.« Chante ce jour qu’invoquaient des perfides,« Ce dernier jour de gloire et de revers. »‒ J’ai répondu, baissant des yeux humides :Son nom jamais n’attristera mes vers.
Qui, dans Athène, au nom de ChéronéeMêla jamais des sons harmonieux ?Par la fortune Athènes détrônéeMaudit Philippe, et douta de ses dieux.Un jour pareil voit tomber notre empire,Voit l’étranger nous rapporter des fers,Voit des Français lâchement leur sourire.Son nom jamais n’attristera mes vers.
Périsse enfin le géant des batailles !Disaient les rois : peuples, accourez tous.La liberté sonne ses funérailles ;Par vous sauvés, nous règnerons par vous.Le géant tombe, et ces nains sans mémoireÀ l’esclavage ont voué l’univers.Des deux côtés ce jour trompa la Gloire.Son nom jamais n’attristera mes vers.
Mais quoi ! déjà les hommes d’un autre âgeDe ma douleur se demandent l’objet.Que leur importe en effet ce naufrage ?Sur le torrent leur berceau surnageait.Qu’ils soient heureux ! leur astre qui se lèveDu jour funeste efface le revers.Mais, dût ce jour n’être plus qu’un vain rêve,Son nom jamais n’attristera mes vers.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources