Œuvres complètes de Béranger, 1839
Encore des amours
Je me disais : Tous les dieux du bel âgeM’ont délaissé ; me voilà seul et vieux.Adieu l’espoir que leur troupe volageM’avait donné de me fermer les yeux !Je le disais lorsqu’une enchanteresseVient et d’un mot ravit mes sens troublés.Ah ! c’est encor quelque beauté traîtresse :Tous les Amours ne sont pas envolés.
Oui, c’est encor quelque sujet de peine,Mais du repos je suis si fatigué !Lorsqu’à trente ans je pliais sous ma chaîne,Plus malheureux pourtant j’étais plus gai.Le ciel m’envoie une reine nouvelle ;Combien d’attraits les siens m’ont rappelés !Roses d’automne, effeuillez-vous pour elle :Tous les Amours ne sont pas envolés.
Mes yeux encore ont des pleurs à répandre ;Ma voix encore a des chants amoureux.Aimons, chantons. La beauté vient m’apprendreÀ triompher des hivers rigoureux.Tout me sourit : les fleurs brillent plus belles,Les jours plus purs, les cieux plus étoilés.Dans l’air plus doux j’entends battre des ailes.Tous les Amours ne sont pas envolés.
24 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources