Œuvres complètes de Béranger, 1839
La couronne
CHANTÉS PAR UN ROI DE LA FÈVE
Grâce à la fève, je suis roi.Nous le voulons : versez à boire !Çà, mes sujets, couronnez-moi ;Et qu’on porte envie à ma gloire !À l’espoir du rang le plus beauPoint de cœur qui ne s’abandonne.Nul n’est content de son chapeau ;Chacun voudrait une couronne.
Un roi sur son front obscurciPorte une couronne éclatante.Le pâtre a sa couronne aussi,Couronne de fleurs qui me tente.À l’un le ciel la fait payer ;Mais au berger l’amour la donne :Le roi l’ôte pour sommeiller,Colin dort avec sa couronne.
Le Français, poëte et guerrier,Sert les Muses et la Victoire.Le front ceint d’un double laurier,Il triomphe et chante sa gloire.Quand du rang qu’il doit occuperIl tombe, trahi par Bellone,Le sceptre lui peut échapper,Mais il conserve sa couronne.
Belles, vous portez à quinze ansLa couronne de l’innocence :Bientôt viennent les courtisans ;Comme les rois on vous encense.Comme eux de pièges séducteursL’artifice vous environne ;Vous n’écoutez que vos flatteurs,Et vous perdez votre couronne.
Perdre une couronne ! À ces motsChacun doit penser à la sienne.Je n’ai point doublé les impôts :Je n’ai point de noblesse ancienne.Mon peuple, buvons de concert :La place me paraît si bonne !N’allez pas avant le dessertMe faire abdiquer la couronne.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources