Œuvres complètes de Béranger, 1839
La jeune muse
réponse À DES COUPLETS QUI M’ONT ÉTÉ ADRESSÉS PAR MADEMOISELLE*** ÂGÉE DE DOUZE ANS
Air : Où s’en vont ces gais bergers ?
Pour les vers, quoi ! vous quittezLes plaisirs de votre âge !Ma Muse, que vous flattez,Aux amours rend hommage.Ce sont aussi des enfantsÀ la voix séduisante ;Mais, hélas ! vous n’avez que douze ans,Et moi j’en ai quarante !
Pourquoi parler de lauriers ?De pleurs on les arrose.Ce n’est point aux chansonniersQue la gloire en impose.La fleur, orgueil du printemps,Est le prix qui nous tente.Mais, hélas ! vous n’avez que douze ans,Et moi j’en ai quarante !
Jeune oiseau, prenez l’essor ;Égayez le bocage.Par des chants plus doux encorBrillez dans un autre âge.De les inspirer je sensCombien l’espoir m’enchante.Mais, hélas ! vous n’avez que douze ans,Et moi j’en ai quarante !
De me couronner de fleurs,Oui, vous perdrez l’envie ;Sous des dehors plus flatteursVous verrez le génie.Puissiez-vous pour mon encensÊtre alors indulgente !Mais à peine vous aurez vingt ansQue j’en aurai cinquante.
32 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources