Œuvres complètes de Béranger, 1839
La sylphide
Air : Je ne sais plus ce que je veux
La Raison a son ignorance ;Son flambeau n’est pas toujours clair.Elle niait votre existence,Sylphes charmants, peuples de l’air ;Mais, écartant sa lourde égideQui gênait mon œil curieux,J’ai vu naguère une sylphide.Sylphes légers, soyez mes dieux.
Oui, vous naissez au sein des roses,Fils de l’Aurore et des Zéphyrs ;Vos brillantes métamorphosesSont le secret de nos plaisirs.D’un souffle vous séchez nos larmes ;Vous épurez l’azur des cieux :J’en crois ma sylphide et ses charmes.Sylphes légers, soyez mes dieux.
J’ai deviné son origineLorsqu’au bal, ou dans un banquet,J’ai vu sa parure enfantinePlaire par ce qui lui manquait.Ruban perdu, boucle défaite ;Elle était bien, la voilà mieux.C’est de vos sœurs la plus parfaite.Sylphes légers, soyez mes dieux.
Que de grâce en elle font naîtreVos caprices toujours si doux !C’est un enfant gâté peut-être,Mais un enfant gâté par vous.J’ai vu, sous un air de paresse,L’amour rêveur peint dans ses yeux.Vous qui protégez la tendresse,Sylphes légers, soyez mes dieux.
Mais son aimable enfantillageCache un esprit aussi brillantQue tous les songes qu’au bel âgeVous nous apportez en riant.Du sein de vives étincellesSon vol m’élevait jusqu’aux cieux ;Vous dont elle empruntait les ailes,Sylphes légers, soyez mes dieux.
Hélas ! rapide météore,Trop vite elle a fui loin de nous.Doit-elle m’apparaître encore ?Quelque sylphe est-il son époux ?Non, comme l’abeille elle est reineD’un empire mystérieux ;Vers son trône un de vous m’entraîne.Sylphes légers, soyez mes dieux.
48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources