Œuvres complètes de Béranger, 1839
La vertu de lisette
Air : Je loge au quatrième étage
Quoi ! de la vertu de LisetteVous plaisantez, dames de cour !Eh bien ! d’accord : elle est grisette ;C’est de la noblesse en amour. (bis.)Le barreau, l’église et les armes,De ses yeux noirs font très-grand cas.Lise ne dit rien de vos charmes ;De sa vertu ne parlons pas.
D’avoir fait de riches conquêtesL’osez-vous bien railler encor,Quand le peuple hébreu dans ses fêtesVous voit adorer son veau d’or ?L’empire a, pour plus d’un service,Long-temps soudoyé vos appas.Lise est mal avec la police ;De sa vertu ne parlons pas.
Point de cendre si bien éteinteQu’elle n’y retrouve du feu ;Un marquis dont la vie est sainteVeut à la cour la mettre en jeu.Par elle illustrant son mérite,Sur les ducs il aura le pas.Lisette sera favorite ;De sa vertu ne parlons pas.
Çà, mesdames les dénigrantes,Si cet honneur vient la trouver,Vous vous direz de ses parentes,Vous ferez cercle à son lever.Mais dût son triomphe et ses suitesDe joie enfler tous les rabats,Se confessât-elle aux jésuites,De sa vertu ne parlons pas.
Croyez-moi, beautés monarchiques,Le mot vertu, dans vos caquets,Ressemble aux grands noms historiquesQue devant vous crie un laquais.Les échasses de l’étiquetteGuindent bien haut des cœurs bien bas :De la cour Dieu garde Lisette !De sa vertu ne parlons pas.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources