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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes de Béranger, 1839

Le contrat de mariage

IMITÉ D’UN ANCIEN FABLIAU

Pierre-Jean de Béranger· 48 vers

Air : Ah ! daignez m’épargner le reste

« Sire, de grâce, écoutez-moi !(Le prince courait chez sa dame)« Sire, vous êtes un grand roi ;« Daignez me venger de ma femme. »Le roi dit : « Qu’on tienne éloigné« Ce fou qui m’arrête au passage. »« Ah ! sire, vous avez signé« Mon contrat de mariage. »

Ces mots font sourire le roi :« Gardes, je défends qu’on l’assomme.« Vilain, dit-il, explique-toi. »« ‒ Sire, j’ai fait le gentilhomme.« J’acquis d’un argent bien gagné« Château, blason, titre, équipage ;« Et, sire, vous avez signé« Mon contrat de mariage.

« J’ai pris femme noble aux doux yeux,« Aux mains blanches, au cou de cygne.« Son père a dit : « Par mes aïeux !« Mon gendre, il faut que le roi signe. »« Votre nom fut accompagné« D’un pâté de mauvais présage,« Sire, quand vous avez signé« Mon contrat de mariage !

« J’étais en habit de gala,« Sire ; et, pour abréger l’histoire,« Rappelez-vous que ce jour-là« Un beau page tint l’écritoire.« Ma femme ici l’avait lorgné.« Hier je l’ai surpris… Quel outrage« Pour vous dont la plume a signé« Mon contrat de mariage !

Le roi dit : « Je n’ai qualité« Que pour guérir les écrouelles.« Un diable, cornard effronté,« Vilains, ici guette vos belles.« Sur les rois même il a régné,« Et met un sceau de vasselage« À tous les gens dont j’ai signé« Le contrat de mariage.

Le livre où j’ai puisé ceciAjoute que l’époux moroseFaillit mourir de noir souci,Et que d’un dicton il fut cause :Dès qu’un mari peu résignéPrêtait à rire au voisinage,Le roi, disait-on, a signéSon contrat de mariage.

48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources