Œuvres complètes de Béranger, 1839
Le mauvais vin
OU LES CAR
Air : On dit partout que je suis bête
Béni sois-tu, vin détestable !Pour moi tu n’es point redoutable,Bien qu’au maître de ce banquetDes flatteurs vantent ton bouquet.Arrose donc, fade piquette,Les fleurs peintes sur mon assiette.Vive le vin qui ne vaut rien !Notre santé s’en trouve bien.
Car, si tu m’invitais à boire,Bientôt je perdrais la mémoireDu docteur, qui me dit toujours :« Pour vous c’est assez des amours.« Chantez Bacchus ainsi qu’un prêtre« Parle de Dieu sans le connaître. »Vive le vin qui ne vaut rien !Notre belle s’en trouve bien.
Car, si tu portais à l’ivresse,Certaine Espagnole en détresse,Ce soir, pourrait bien, je le sens,Mettre à sec ma bourse et mes sens ;Et Lisette, qui tient ma caisse,Aurait à souffrir de la baisse.Vive le vin qui ne vaut rien !Notre raison s’en trouve bien.
Car, si tu réchauffais ma veine,Armé de vers forgés sans peine,Tout en chantant je tomberaisPeut-être au milieu d’un congrès ;Puis j’irais, pour démagogie,En prison terminer l’orgie.Vive le vin qui ne vaut rien !Notre gaîté s’en trouve bien.
Car en prison l’on ne rit guère.Mais, vin à qui je fais la guerre,Tu disparais, et sous mes yeuxMousse un nectar digne des dieux.Au risque d’une catastrophe,Versez-m’en, je suis philosophe.Versez ! versez ! je ne crains rien ;Du bon vin je me trouve bien.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources