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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes de Béranger, 1839

Le petit homme rouge

1826

Pierre-Jean de Béranger· 60 vers

Air : C’est le gros Thomas

Foin des mécontents !Comme balayeuse on me loge,Depuis quarante ans,Dans le château, près de l’horloge.Or, mes enfants, sachezQue là, pour mes péchés,Du coin, d’où le soir je ne bouge,J’ai vu le petit homme rouge.Saints du paradis,Priez pour Charles-Dix.

Vous figurez-vousCe diable habillé d’écarlate ?Bossu, louche et roux,Un serpent lui sert de cravate.Il a le nez crochu ;Il a le pied fourchu ;Sa voix rauque en chantant présageAu château grand remuménage.Saints du paradis,Priez pour Charles-Dix.

Je le vis, hélas !En quatre-vingt-douze apparaître.Nobles et prélatsAbandonnaient notre bon maître.L’homme rouge venaitEn sabots, en bonnet.M’endormais-je un peu sur ma chaise,Il entonnait la Marseillaise.Saints du paradis,Priez pour Charles-Dix.

(9 thermid.)

J’eus à balayer ;Mais lui bientôt par la gouttièreRevint m’effrayerPour ce bon monsieur Robespierre.Lors il était poudré ,Parlait mieux qu’un curé,Ou, comme riant de lui-même,Chantait l’hymne à l’Être suprême.Saints du paradis,Priez pour Charles-Dix.

(Mars 1814.)

Depuis la terreurPlus n’y pensais, lorsque sa vue,Du bon EmpereurM’annonça la chute imprévue.En toque il avait misVingt plumets ennemis,Et chantait au son d’une vielleVive Henri-Quatre et Gabrielle !Saints du paradis,Priez pour Charles-Dix.

Soyez donc instruits,Enfants, mais qu’ailleurs on l’ignore,Que depuis trois nuitsL’homme rouge apparaît encore.Riant d’un air moqueur,Il chante comme au chœur,Baise la terre, et puis ensuiteMet un grand chapeau de jésuite.Saints du paradis,Priez pour Charles-Dix.

60 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources