Œuvres complètes de Béranger, 1839
Les deux cousins
OU LETTRE D’UN PETIT ROI À UN PETIT DUC 1821
Air : Ah ! daignez m’épargner le reste
Salut ! petit cousin germain ;D’un lieu d’exil j’ose t’écrire.La Fortune te tend la main ;Ta naissance l’a fait sourire.Mon premier jour aussi fut beau ;Point de Français qui n’en convienneLes rois m’adoraient au berceau ;Et cependant je suis à Vienne ! ()
Je fus bercé par tes faiseursDe vers, de chansons, de poëmes ;Ils sont, comme les confiseurs,Partisans de tous les baptêmes.Les eaux d’un fleuve bien mondainVont laver mon âme chrétienne :On m’offrit de l’eau du Jourdain ;Et cependant je suis à Vienne !
Ces juges, ces pairs avilis,Qui te prédisent des merveilles,De mon temps juraient que les lisSeraient le butin des abeilles.Parmi les nobles détracteursDe toute vertu plébéienne,Ma nourrice avait des flatteurs ;Et cependant je suis à Vienne !
Sur des lauriers je me couchais ;La pourpre seule t’environne.Des sceptres étaient mes hochets ;Mon bourlet fut une couronne.Méchant bourlet, puisqu’un faux pasMême au Saint-Père ôtait la sienne.Mais j’avais pour moi nos prélats ;Et cependant je suis à Vienne !
Quant aux maréchaux, je crois peuQue du monde ils t’ouvrent l’entrée ;Ils préfèrent au cordon bleu,De l’honneur l’étoile sacrée.Mon père à leur beau dévoûmentLivra sa fortune et la mienne.Ils auront tenu leur serment ;Et cependant je suis à Vienne !
Près du trône si tu grandis,Si je végète sans puissance,Confonds ces courtisans maudits,En leur rappelant ma naissance.Dis-leur : « Je puis avoir mon tour ;« De mon cousin qu’il vous souvienne.« Vous lui promettiez votre amour ;« Et cependant il est à Vienne ! »
48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources