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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes de Béranger, 1839

Les pauvres amours

Pierre-Jean de Béranger· 45 vers

Air : Jupiter un jour en fureur

Trois douzaines de Cupidons,Qu’une actrice a mis sur la paille,Hier mendiaient, et la marmailleLes poursuivait de gais lardons.Chez Lise ils frappent d’un air triste ;Lise répond : Nous sommes sourds.Quoi ! vivrez-vous donc toujours,Vieux petits culs nus d’Amours ?Allez, Dieu vous assiste ! (bis.)

Partout en France on vous fourra.Vous avez guindé la sculpture,Vous avez fardé la peinture,Vous affadissez l’Opéra.Des Anacréons j’ai la liste ;Ils encombrent ville et faubourgs.Vous les couronnez toujours,Vieux petits culs nus d’Amours ;Allez, Dieu vous assiste !

Quittez votre Olympe en débris.Que Mars, Phébus, Bacchus, Minerve,Voguent avec vous de conserve ;À Gnide remmenez Cypris.Les Grâces suivront à la piste,Phébé guidera votre cours.Émigrez, mais pour toujours,Vieux petits culs nus d’Amours ;Allez, Dieu vous assiste !

Emballez avec tous vos dieuxFlore et l’Aurore aux doigts de roses ;Par leur nom appelons les choses,Les choses n’en plairont que mieux.Mon cœur à l’amant qui persisteSe rend bien sans votre secours.Sans vous j’aimerai toujours,Vieux petits culs nus d’Amours ;Allez, Dieu vous assiste !

En leur fermant la porte au nezParlait ainsi la tendre Lise,Quand près d’eux passe une marquiseDont à peine ils sont les aînés.La dame, quoique moraliste,Leur dit : Rendez-moi mes beaux jours.Dans ma chambre et pour toujours,Chers petits culs nus d’Amours ,Venez ; Dieu vous assiste !

45 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources