Œuvres complètes de Béranger, 1839
Les rossignols
Air : C’est à mon maître en l’art de plaire
La nuit a ralenti les heures ;Le sommeil s’étend sur Paris.Charmez l’écho de nos demeures ;Éveillez-vous, oiseaux chéris.Dans ces instants où le cœur pense,Heureux qui peut rentrer en soi !De la nuit j’aime le silence :Doux rossignols, chantez pour moi. (bis.)
Doux chantres de l’amour fidèle,De Phryné fuyez le séjour :Phryné rend chaque nuit nouvelleComplice d’un nouvel amour.En vain des baisers sans ivresseOnt scellé des serments sans foi ;Je crois encore à la tendresse :Doux rossignols, chantez pour moi.
Pour vous il n’est point de Zoïle ;Mais croyez-vous, par vos accords,Toucher l’avare au cœur stérile,Qui compte à présent ses trésors ?Quand la nuit, favorable aux ruses,Pour son or le remplit d’effroi,Ma pauvreté sourit aux Muses :Doux rossignols, chantez pour moi.
Vous qui redoutez l’esclavage,Ah ! refusez vos tendres airsÀ ces nobles qui, d’âge en âge,Pour en donner portent des fers.Tandis qu’ils veillent en silence,Debout, auprès du lit d’un roi,C’est la liberté que j’encense :Doux rossignols, chantez pour moi.
Mais votre voix devient plus vive :Non, vous n’aimez pas les méchants.Du printemps le parfum m’arriveAvec la douceur de vos chants.La nature, plus belle encore,Dans mon cœur va graver sa loi.J’attends le réveil de l’aurore :Doux rossignols, chantez pour moi.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources