Œuvres complètes de Béranger, 1839
Ma lampe
ADRESSÉE À MADAME DUFRESNOY
Veille encore, ô lampe fidèleQue trop peu d’huile vient nourrir !Sur les accents d’une immortelleLaisse mes regards s’attendrir.De l’amour que sa lyre implore,Tu le sais, j’ai subi la loi.Veille, ma lampe, veille encore :Je lis les vers de Dufresnoy.
Son livre est plein d’un doux mystère,Plein d’un bonheur de peu d’instants ;Il rend à mon lit solitaireTous les songes de mon printemps.Les dieux qu’au bel âge on adoreVoudraient-ils revoler vers moi ?Veille, ma lampe, veille encore :Je lis les vers de Dufresnoy.
Si, comme Sapho qu’elle égale,Elle eût, en proie à deux penchants,Des Amours ardente rivale,Aux Grâces consacré ses chants,Parny, près d’une Éléonore,Ne l’aurait pu voir sans effroi.Veille, ma lampe, veille encore :Je lis les vers de Dufresnoy.
Combien a pleuré sur nos armesSon noble cœur de gloire épris !De n’être pour rien dans ses larmesL’Amour alors parut surpris.Jamais au pays qu’elle honoreSa lyre n’a manqué de foi.Veille, ma lampe, veille encore :Je lis les vers de Dufresnoy.
Aux chants du nord on fait hommageDes lauriers du Pinde avilis ;Mais de leur gloire sois l’image,Toi, ma lampe, toi qui pâlis.À ton déclin je vois l’auroreTriompher de l’ombre et de toi ;Tu meurs, et je relis encoreLes vers charmants de Dufresnoy.
40 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources