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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Œuvres complètes de Béranger, 1839

À mon ami Désaugiers

QUI VENAIT D’ÊTRE NOMMÉ DIRECTEUR DU VAUDEVILLE DÉCEMBRE 1815

Pierre-Jean de Béranger· 66 vers

Air de la Catacoua

Bon Désaugiers, mon camarade,Mets dans tes poches deux flacons ;Puis rassemble, en versant rasade,Nos auteurs piquants et féconds.Ramène-les dans l’humble asileOù renaît le joyeux refrain.Eh ! va ton train,Gai boute-en-train !Mets-nous en train, bien en train, tous en train,Et rends enfin au VaudevilleSes grelots et son tambourin.

Rends-lui, s’il se peut, le cortègeQu’à la foire il a fait briller :L’ombre de Panard te protège ;Vadé semble te conseiller.Fais-nous apparaître à la fileJusqu’aux enfants de Tabarin.Eh ! va ton train,Gai boute-en-train !Mets-nous en train, bien en train, tous en train,Et rends enfin au VaudevilleSes grelots et son tambourin.

Au lieu de fades épigrammes,Qu’il aiguise un couplet gaillard :Collé, quoi qu’en disent nos dames,Est un fort honnête égrillard.La gaudriole, qu’on exile,Doit refleurir sur son terrain.Eh ! va ton train,Gai boute-en-train !Mets-nous en train, bien en train, tous en train,Et rends enfin au VaudevilleSes grelots et son tambourin.

Malgré messieurs de la police,Le Vaudeville est né frondeur :Des abus fais ton bénéfice ;Force les grands à la pudeur ;Dénonce tout flatteur servileÀ la gaîté du souverain.Eh ! va ton train,Gai boute-en-train !Mets-nous en train, bien en train, tous en train,Et rends enfin au VaudevilleSes grelots et son tambourin.

Sur la scène, où plus à son aiseAvec toi Momus va siéger,Relève la gaîté françaiseÀ la barbe de l’étranger.La chanson est une arme utileQu’on oppose à plus d’un chagrin.Eh ! va ton train,Gai boute-en-train !Mets-nous en train, bien en train, tous en train,Et rends enfin au VaudevilleSes grelots et son tambourin.

Verse, ami, verse donc à boire ;Que nos chants reprennent leur cours.Il nous faut consoler la gloire ;Il faut rassurer les amours.Nous cultivons un champ fertileQui n’attend qu’un ciel plus serein.Eh ! va ton train,Gai boute-en-train !Mets-nous en train, bien en train, tous en train,Et rends enfin au VaudevilleSes grelots et son tambourin.

66 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources