Œuvres complètes de Béranger, 1839
La petite fée
1817
AIR : C’est le meilleur homme du monde
Enfants, il était une foisUne fée appelée Urgande ;Grande à peine de quatre doigts,Mais de bonté vraiment bien grande.De sa baguette un ou deux coupsDonnaient félicité parfaite.Ah ! bonne fée, enseignez-nousOù vous cachez votre baguette !
Dans une conque de saphir,De huit papillons attelée,Elle passait comme un zéphir,Et la terre étoit consolée.Les raisins mûrissaient plus doux ;Chaque moisson était complète.Ah ! bonne fée, enseignez-nousOù vous cachez votre baguette !
C’était la marraine d’un roiDont elle créait les ministres ;Braves gens, soumis à la loi,Qui laissaient voir dans leurs registres.Du bercail ils chassaient les loupsSans abuser de la houlette.Ah ! bonne fée, enseignez-nousOù vous cachez votre baguette !
Les juges, sous ce roi puissant,Étaient l’organe de la fée ;Et par eux jamais l’innocentNe voyait sa plainte étouffée.Jamais pour l’erreur à genouxLa clémence n’était muette.Ah ! bonne fée, enseignez-nousOù vous cachez votre baguette !
Pour que son filleul fût béni,Elle avait touché sa couronne ;Il voyait tout son peuple uni,Prêt à mourir pour sa personne.S’il venait des voisins jaloux,On les forçait à la retraite.Ah ! bonne fée, enseignez-nousOù vous cachez votre baguette !
Dans un beau palais de cristal,Hélas ! Urgande est retirée.En Amérique tout va mal ;Au plus fort l’Asie est livrée.Nous éprouvons un sort plus doux ;Mais pourtant si bien qu’on nous traite,Ah ! bonne fée, enseignez-nousOù vous cachez votre baguette !
48 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources