Œuvres complètes de Béranger, 1839
Les capucins
1816
AIR : Faut d’la vertu, pas trop n’en faut
Bénis soient la Vierge et les saints :On rétablit les capucins !
Moi, qui fus capucin indigne,Je vais, ma petite Fanchon,Du Seigneur vendanger la vigne,En reprenant le capuchon.
Bénis soient la Vierge et les saints :On rétablit les capucins !
Fanchon, pour vaincre par surpriseLes philosophes trop nombreux,Qu’en vrais cosaques de l’église,Les capucins marchent contre eux.
Bénis soient la Vierge et les saints :On rétablit les capucins !
La faim désole nos provinces ;Mais la piété l’en bannit.Chaque fête, grâce à nos princes,On peut vivre de pain bénit.
Bénis soient la Vierge et les saints :On rétablit les capucins !
L’église est l’asile des cuistres ;Mais les rois en sont les piliers :Et bientôt le banc des ministresSera le banc des marguilliers.
Bénis soient la Vierge et les saints :On rétablit les capucins !
Pour tâter de l’agneau sans taches,Nos soldats courent s’attabler ;Et devant certaines moustachesOn dit qu’on a vu Dieu trembler.
Bénis soient la Vierge et les saints :On rétablit les capucins !
Nos missionnaires font rendreAux bonnes gens les biens de Dieu ;Ils marchent tout couverts de cendre :C’est ainsi qu’on couvre le feu.
Bénis soient la Vierge et les saints :On rétablit les capucins !
Fais-toi dévote aussi, Fanchette :Vas, il n’est pas de sot métier.Mais qu’avec nous deux, en cachette,Le diable crache au bénitier.
Bénis soient la Vierge et les saints :On rétablit les capucins !
44 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources