Œuvres complètes de Béranger, 1839
Monsieur judas
AIR : J’ons un curé patriote
Monsieur Judas est un drôleQui soutient avec chaleurQu’il n’a joué qu’un seul rôle,Et n’a pris qu’une couleur.Nous qui détestons les gensTantôt rouges, tantôt blancs,Parlons bas,Parlons bas ;Ici près j’ai vu Judas,J’ai vu Judas, j’ai vu Judas.
Curieux et nouvelliste,Cet observateur moralParfois se dit journaliste,Et tranche du libéral :Mais voulons-nous réclamerLe droit de tout imprimer,Parlons bas,Parlons bas ;Ici près j’ai vu Judas,J’ai vu Judas, j’ai vu Judas.
Sans respect du caractère,Souvent ce lâche effrontéPorte l’habit militaireAvec la croix au côté.Nous qui faisons volontiersL’éloge de nos guerriers,Parlons bas,Parlons bas ;Ici près j’ai vu Judas,J’ai vu Judas, j’ai vu Judas.
Enfin sa bouche flétrieOse prendre un noble accent,Et des maux de la patrieNe parle qu’en gémissant.Nous qui faisons le procèsÀ tous les mauvais Français,Parlons bas,Parlons bas ;Ici près j’ai vu Judas,J’ai vu Judas, j’ai vu Judas.
Monsieur Judas, sans malice,Tout haut vous dit : « Mes amis,« Les limiers de la police« Sont à craindre en ce pays. »Mais nous qui de maints brocardsPoursuivons jusqu’aux mouchards,Parlons bas,Parlons bas ;Ici près j’ai vu Judas,J’ai vu Judas, j’ai vu Judas.
50 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources