Œuvres complètes de Béranger, 1839
Si j’étais petit oiseau
ou Il faut que l’on file doux
Moi qui, même auprès des belles,Voudrais vivre en passager,Que je porte envie aux ailesDe l’oiseau vif et léger !Combien d’espace il visite !À voltiger tout l’invite :L’air est doux, le ciel est beau.Je volerais vite, vite, vite,Si j’étais petit oiseau.
C’est alors que PhilomèleM’enseignant ses plus doux sons,J’irais de la pastourelleAccompagner les chansons.Puis j’irais charmer l’ermiteQui, sans vendre l’eau bénite,Donne aux pauvres son manteau.Je volerais vite, vite, vite,Si j’étais petit oiseau.
Puis j’irais dans le bocage,Où des buveurs en gaîté,Attendris par mon ramage,Ne boiraient qu’à la beauté.Puis ma chanson favorite,Aux guerriers qu’on déshériteFerait chérir le hameau.Je volerais vite, vite, vite,Si j’étais petit oiseau.
Puis j’irais sur les tourellesOù sont de pauvres captifs,En leur cachant bien mes ailes,Former des accords plaintifs.L’un sourit à ma visite ;L’autre rêve, dans son gîte,Aux champs où fut son berceau.Je volerais vite, vite, vite,Si j’étais petit oiseau.
Puis, voulant rendre sensibleUn roi qui fuirait l’ennui,Sur un olivier paisibleJ’irais chanter près de lui,Puis j’irais jusqu’où s’abriteQuelque famille proscrite,Porter de l’arbre un rameau.Je volerais vite, vite, vite,Si j’étais petit oiseau.
Puis, jusques où naît l’aurore,Vous, méchants, je vous fuirais,À moins que l’Amour encoreNe me surprît dans ses rets.Que, sur un sein qu’il agite,Ce chasseur que nul n’éviteMe dresse un piège nouveau,J’y volerais vite, vite, vite,Si j’étais petit oiseau.
54 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres complètes de Béranger, Paris, H. FOURNIER AÎNÉ, ÉDITEUR, 1839· numérisation wikisource.org· Sources