Soixante années de lyrisme intermittent, 1945
Hymne au neutre suprême
Bien que l’hymne au neutre suprême ait été composé assez tard, et ne soit pas une œuvre de jeunesse, j’ai tenu à le transcrire en tête de ce recueil afin de donner à cet ensemble un air de gravité qu’il ne gardera peut-être pas toujours.
Gloire ! gloire au Seigneur ! Puissance énorme et coite.Qui tient, derrière un mur de silence et de paix,Dans sa ferme et solide droite,Un fer qu’il ne livre jamais !
Je l’adore, ce Dieu qui sait si bien se taire,Et qui ne risque ainsi, si puissant et si haut.Dans son confortable mystèreQue des jugements par défaut !
Sa bonté se débite à toute la natureChacun de vous reçoit son morceau bien égal ;Chèvre, sa douce créature,Chou, son honnête végétal.
Alors qu’au fond des bois le dur rocher lui-mêmeA nos plaintes, souvent, répond par un échoLui se tait toujours, — bon systèmeQui garantit son statu quo.
Mais qu’il est beau ! Plus doux que le plus doux apôtre,Le vieux, et populaire, en sa robe de lin !Et dire pourtant que c’est l’autreQue l’on appelle le malin !
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Soixante années de lyrisme intermittent, PARIS, ÉDITIONS LITTÉRAIRES DE FRANCE, 1945· Sources