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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1845‑1858· Poèmes et poésies

Ce qu’il faut faire

Prosper Blanchemain· 13 quintils, octosyllabes, 65 vers

A Madame Marie Camaret.

Vous m’avez dit : « Point de paresse !Des vers ! le sujet m’est égal,Pourvu qu’ils portent mon adresseEt me parlent de moi sans cesse ;Mais surtout point de madrigal ! »

Telle était bien votre pensée ?On pourrait contester d’abordLe droit qu’une dame encenséeA de se trouver offensée ;Mais passons, pour rester d’accord.

Ainsi je ne devrai pas direQu’à peine vient- on à vous voir,De vos yeux, de votre sourire,Le charme imprévu nous attireComme l’alouette au miroir ?

Je dirai moins encor, sans doute,Qu’à votre esprit piquant et finUn langage attrayant s’ajoute,Si bien que, lorsqu’on vous écoute,Votre pendule sonne en vain ?

Ah ! si je n’avais peur d’un blâme(Car vous usez de vos pouvoirs),Je dirais ces éclairs de l’âmeQui s’allument, rapide flamme,Dans vos yeux, ces diamants noirs.

Je dirais que votre coiffure,Imitant les replis de l’eau,Fait penser à la chevelureQui s’enlace, ondoyante et pure,Au front du marbre de Milo.

Ce chapelet aux grains de nacreEnfermé dans un rouge étui,Et qui vous vient de Saint-Jean-d’Acre,Serait un charmant simulacreDe vos dents blanches comme lui.

De ce bijou que l’ItalieA ciselé dans le corail,La courbe élégante et poliePeindrait cette lèvre jolieQui sourit sous votre éventail.

Enfin cet éventail de Chine,Émaillé de mainte couleur,Sur votre bouche purpurineReprésenterait, j’imagine,Un papillon sur une fleur.

Mais je redoute une escarmouche ;Car, sur le tapis du salon,Je vois un petit pied farouchePiétiner dans cette babouche,Que jalouserait Cendrillon.

Épargnez-moi, je vous en prie.Vous voyez que je ne dis rien,Rien même du nom de Marie,Qui n’est pas une flatterie ;Cœur pieux, il vous va si bien !

Et c’est tout cela qu’il faut taireSi l’on craint de vous offenser ?Eh bien ! nous en ferons mystère ;Soumis à votre joug austère,Nous nous tairons… pour y penser.

Non ! la vérité me tourmente,Dût-elle vous mettre en courroux.Dans mes vers il n’est rien qui mente ;En trois mots : « Vous êtes charmante ! »Et, si vous l’osez, fâchez-vous !

Versification

Forme
13 quintils (quintils)
Rimes
13(abaab)
Mètre
Octosyllabes
Strophes
13 quintils
Mots à la rime
a paresse / adresse / cesse féminine, classiqueb égal / madrigal masculine, classiquea pensée / encensée / offensée féminine, classiqueb d’abord / d’accord masculine, classiquea dire / sourire / attire féminine, classiqueb voir / miroir masculine, classiquea doute / s’ajoute / écoute féminine, classiqueb fin / vain masculine, classiquea blâme / l’âme / flamme féminine, classiqueb pouvoirs / noirs masculine, classiquea coiffure / chevelure / pure féminine, classiqueb l’eau / Milo masculine, classiquea nacre / Saint-Jean-d’Acre / simulacre féminine, classiqueb étui / lui masculine, classiquea l’Italie / polie / jolie féminine, classiqueb corail / éventail masculine, classiquea Chine / purpurine / j’imagine féminine, classiqueb couleur / fleur masculine, classiquea escarmouche / farouche / babouche féminine, classiqueb salon / Cendrillon masculine, classiquea prie / Marie / flatterie féminine, classiqueb rien / bien masculine, classiquea taire / mystère / austère féminine, classiqueb offenser / penser masculine, classiquea tourmente / mente / charmante féminine, classiqueb courroux / fâchez-vous masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

65 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Prosper Blanchemain, Paris, LIBRAIRIE ANCIENNE ET MODERNE - ÉDOUARD ROUVEYRE, 1880· numérisation archive.org· Sources