Poésies, 1845‑1858· Idéal
L’idéal
Lorsque l’idée afflue et monteDans mon cerveau qu’elle ravit,Si je pouvais, comme la fonteQue l’on jette au moule et qui vit,
La couler dans sa pure forme,Dans sa grâce ou dans son ampleur,Plus forte qu’un colosse énorme,Plus délicate qu’une fleur,
Oh ! j’aurais une poésieA tenir le monde enchanté.Belle comme la fantaisie,Grande comme l’éternité !
Mais quand il faut que je modèle.Dans an langage glacial.L’image toujours infidèleDe l’insaisissable idéal ;
Pensée ! archange de lumière.Étoile au radieux sillon,Plus fragile que la poussièreSur les ailes du papillon,
Quand il faut que je te saisisse,Quand il faut que d’un doigt grossierJe t’enchaîne et je t’assouplisseDans mon vers aux mailles d’acier,
Je sens que je suis sacrilège,Que je mets en captivitéCelle dont le saint privilègeEst l’espace et la liberté.
Je sens que j’arrache au bocageLe rossignol mélodieux,Pour renfermer dans une cage,Sans fleurs, sans ailes et sans yeux.
Si dans la prison douloureuseIl jette encore un chant furtif,Ce n’est plus une hymne amoureuse ;Mais c’est la plainte d’un captif.
Ainsi, mes rimes cadencéesNe sont plus que le cri moqueur,L’écho désolé des penséesQui chantaient si bien dans mon cœur.
Hélas ! hélas ! tout ce que j’aime,Tout ce qu’en moi je sens frémir,Doit-il mourir avec moi-mêmeEt sous terre avec moi dormir ?
Versification
- Forme
- 11 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 11(abab)
- Mètre
- Octosyllabes
- Strophes
- 11 quatrains
- Mots à la rime
- a monte / fonte féminine, classiqueb ravit / vit masculine, classiquea forme / énorme féminine, classiqueb ampleur / fleur masculine, classiquea poésie / fantaisie féminine, classiqueb enchanté / l’éternité masculine, classiquea modèle / infidèle féminine, classiqueb glacial / idéal masculine, classiquea lumière / poussière féminine, classiqueb sillon / papillon masculine, classiquea saisisse / t’assouplisse féminine, classiqueb grossier / d’acier masculine, classiquea sacrilège / privilège féminine, classiqueb captivité / liberté masculine, classiquea bocage / cage féminine, classiqueb mélodieux / yeux masculine, classiquea douloureuse / amoureuse féminine, classiqueb furtif / captif masculine, classiquea cadencées / pensées féminine, classiqueb moqueur / cœur masculine, classiquea j’aime / moi-même féminine, classiqueb frémir / dormir masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.0· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Prosper Blanchemain, Paris, LIBRAIRIE ANCIENNE ET MODERNE - ÉDOUARD ROUVEYRE, 1880· numérisation archive.org· Sources