Poésies, 1845‑1858· Idéal
Le spectre du jour passé
A Madame la comtesse de Bondy,
Me voilà seul‖ dans la tour solitaireOù, quand tout dort,‖ un fantôme apparaît.Il est minuit,‖ c’est l’heure du mystère :Le timbre sonne…‖ et je tremble en secret.
Un léger souffle‖ a fait vibrer ma porte ;Je ne sais quoi‖ de vague et d’incertainGlisse sans bruit,‖ dans l’air qui me l’apporte.— « Que me veux-tu,‖ sylphe, gnome ou lutin :
« — Hélas ! je suis‖ l’ombre de la journéeQue minuit tue‖ et qui vient de finir.Bien tard éclose‖ et bientôt terminée,Je ne suis plus‖ qu’un vague souvenir.
« Je viens chez toi‖ reposer. Je réclameUn tombeau. Non !‖ je veux plutôt un nid.J échaufferai‖ dans ton sein ma pauvre âme ;J’y chanterai‖ le bonheur qui finit.
« J’y parlerai‖ de ces rapides heuresQui m’ont fait vivre‖ et qui t’ont enchanté,Quand tu vécus‖ charmé de ces demeuresOù l’esprit règne,‖ où sourit la beauté… »
Puis le fantôme‖ à la voix souveraine,Fixant sur moi‖ son œil tendre et vainqueur,M’environna‖ d’une invisible chaîne,Et d’un seul bond‖ se blottit dans mon cœur.
— « Je te connais,‖ sylphe adoré, lui dis-je ;Enchaîne-moi‖ sans peur et sans pitié.Dans le ciel même‖ on connaît ton prestige,Et sur la terre‖ on t’appelle Amitié ! »
Château de la Barre, 1862.
Versification
- Forme
- 7 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 7(abab)
- Mètre
- Décasyllabes· profil 4+6
- Strophes
- 7 quatrains
- Mots à la rime
- a solitaire / mystère féminine, classiqueb apparaît / secret masculine, classiquea porte / l’apporte féminine, classiqueb d’incertain / lutin masculine, classiquea journée / terminée féminine, classiqueb finir / souvenir masculine, classiquea réclame / âme féminine, classiqueb nid / finit masculine, classiquea heures / demeures féminine, classiqueb enchanté / beauté masculine, classiquea souveraine / chaîne féminine, classiqueb vainqueur / cœur masculine, classiquea dis-je / prestige féminine, classiqueb pitié / Amitié masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 2.1· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
28 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Prosper Blanchemain, Paris, LIBRAIRIE ANCIENNE ET MODERNE - ÉDOUARD ROUVEYRE, 1880· numérisation archive.org· Sources