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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies, 1845‑1858· Idéal

Longefont

Prosper Blanchemain· 11 quatrains, alexandrins et octosyllabes, 44 vers

A travers le rideau‖ des peupliers mobiles,Sur ces murs en terrasse‖ et de lierre couverts,Voyez-vous la demeure‖ au toit de sombres tuiles.,Blanche au milieu des arbres verts ?

Au murmure de l’eau‖ qui bout sur les écluses,Aux longs soupirs des bois‖ agités par le vent,On croirait voir errer‖ les ombres des reclusesSur les débris du vieux couvent.

C’est Longeront ! C’est là,‖ dans ce val solitaire,Que, priant et vivant‖ loin du monde réel,Les nonnes oubliaient‖ les tourments de la terreEn savourant la Paix du ciel.

O désir de ma vie !‖ ô rêve insaisissable,Que je poursuis sans cesse‖ et qui me fuis toujours,Rapide comme un flot,‖ mobile comme un sable,Espoir et tourment de mes jours,

Céleste Paix ! jadis‖ chez cet, vierges pieuses,Dans ces murs où planait‖ un sévère bonheur,Tu vivais, animant‖ leurs voix harmonieusesA chanter le nom du Seigneur !

Les hymnes ont cessé ;‖ les nonnes désoléesOnt fui ces murs sacrés‖ pour n’y revenir plus ;Et la cloche du cloître,‖ aux échos des vallées,Ne sait plus tinter l’Angélus.

Mais toi, divine Paix,‖ tu demeures encore,Mystérieux esprit,‖ dans ce val délaisséOù la Creuse caresse,‖ indolente et sonore,Les doux fantômes du passé.

Dans les rameaux tremblants‖ des saules et des aunes,Tu te berces au vent‖ comme un sylphe qui dort,Quand le soleil penchant‖ darde ces rayons jaunesOù danse un flot d’insectes d’or.

Tu t’accoudes, pensive,‖ au bord de la fontaine ;Je vois se dessiner‖ ton reflet nébuleuxDans cette urne de pierre‖ où l’œil mesure à peineLe profond cristal des flots bleus.

O vallon solitaire !‖ ô riantes collines !Rivage où Tonde suit‖ un cours délicieux !Toi, berceau verdoyant‖ qui sur les eaux t’inclines !Calme de la terre et des cieux !

Mystérieux accords‖ qui formez le silence,Mon cœur charmé par vous‖ oublira ses douleurs.Oh ! laissez-moi cacher‖ ici mon existenceEntre les oiseaux et les fleurs !

Versification

Forme
11 quatrains (quatrains)
Rimes
11(abab)
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (33 de 12, 11 de 8)· profil 8, 6+6
Strophes
11 quatrains
Mots à la rime
a mobiles / tuiles féminine, classiqueb couverts / verts masculine, classiquea écluses / recluses féminine, classiqueb vent / couvent masculine, classiquea solitaire / terre féminine, classiqueb réel / ciel masculine, classiquea insaisissable / sable féminine, classiqueb toujours / jours masculine, classiquea pieuses / harmonieuses féminine, classiqueb bonheur / Seigneur masculine, classiquea désolées / vallées féminine, classiqueb plus / l’Angélus masculine, classiquea encore / sonore féminine, classiqueb délaissé / passé masculine, classiquea aunes / jaunes féminine, classiqueb dort / d’or masculine, non classiquea fontaine / peine féminine, classiqueb nébuleux / bleus masculine, classiquea collines / t’inclines féminine, classiqueb délicieux / cieux masculine, classiquea silence / existence féminine, classiqueb douleurs / fleurs masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.3· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Prosper Blanchemain, Paris, LIBRAIRIE ANCIENNE ET MODERNE - ÉDOUARD ROUVEYRE, 1880· numérisation archive.org· Sources