Poésies, 1845‑1858· Idéal
Nuit d’automne
Il fait noir, la terre est sombre,Pas un astre au ciel ne luit ;On entend vagir dans l’ombreLe vent triste de la nuit.
Les grands arbres se balancentAvec un gémissement ;Les flots sur le roc s’élancentEt mugissent sourdement.
On dirait que l’eau qui grondeParle aux peupliers mouvants,Et l’arbre répond à l’ondeEn courbant sa tête aux vents.
Cri d’angoisse ! hymne éternelleDe la vie et de la mort !Pourquoi l’onde pleure-t-elle ?Pourquoi gémit l’arbre au bord ?
L’arbre se plaint-il à TondeDe ce souffle continu,Qui lui prend sa feuille blondeEt le va laisser tout nu ?
L’onde se plaint-elle à l’arbreDe ce que l’hiver fatalVa changer en blocs de marbreSes paillettes de cristal*
O rêveur, qui les écoutes,Toi, dont le cœur effaréSe déchire à tous les doutes,Comme un chasseur égaré,
Il est une voix intimeAux soupirs plus douloureux :Ton âme, profond abîme,Gémit plus tristement qu’eux.
Si le vent à l’arbre enlèveSa parure de l’été,Vois ton bonheur rêve à rêvePar l’aquilon emporté.
Si l’eau se plaint au rivageDes froids qui la gèleront,Songe à cet hiver de l’âgeQui va te glacer le front.
Le feuillage doit renaîtreAu printemps plus radieux ;Le flot que l’hiver pénètreS’élancera plus joyeux ;
Mais cet hiver triste et morneQui saisit ton corps perclusEst sans limite et sans borne :L’été ne reviendra plus !
Sans qu’un autre espoir t’accueille,Sans refleurir de nouveau,Tu tombes comme la feuille,Tu t’écoules comme l’eau.
O rêveur ! songe à toi-même,Passager dans ces lieux bas ;Songe au sinistre problème,A l’énigme du trépas.
Nul de ceux qui sont sous terreNe l’a dit à son linceul ;Vie ou mort, c’est le mystèreQue Dieu garde pour lui seul.
Versification
- Forme
- 15 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 15(abab)
- Mètre
- Heptasyllabes
- Strophes
- 15 quatrains
- Mots à la rime
- a sombre / l’ombre féminine, classiqueb luit / nuit masculine, classiquea balancent / s’élancent féminine, classiqueb gémissement / sourdement masculine, classiquea gronde / l’onde féminine, classiqueb mouvants / vents masculine, classiquea éternelle / pleure-t-elle féminine, classiqueb mort / bord masculine, classiquea Tonde / blonde féminine, classiqueb continu / nu masculine, classiquea l’arbre / marbre féminine, classiqueb fatal / cristal masculine, classiquea écoutes / doutes féminine, classiqueb effaré / égaré masculine, classiquea intime / abîme féminine, classiqueb douloureux / qu’eux masculine, classiquea enlève / rêve féminine, classiqueb l’été / emporté masculine, classiquea rivage / l’âge féminine, classiqueb gèleront / front masculine, classiquea renaître / pénètre féminine, classiqueb radieux / joyeux masculine, classiquea morne / borne féminine, classiqueb perclus / plus masculine, classiquea t’accueille / feuille féminine, classiqueb nouveau / l’eau masculine, classiquea toi-même / problème féminine, classiqueb bas / trépas masculine, classiquea terre / mystère féminine, classiqueb linceul / seul masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
60 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies de Prosper Blanchemain, Paris, LIBRAIRIE ANCIENNE ET MODERNE - ÉDOUARD ROUVEYRE, 1880· numérisation archive.org· Sources