Rapsodies, 1832· Rapsodies
Sanculottide
(Avril 1831)
À Joseph Bouchardi, graveur.
Sic locutus est leo,PHED.
Dors, mon bon poignard, dors,‖ vieux compagnon fidèle,Dors, bercé dans ma main,‖ patriote trésor !Tu dois être bien las ?‖ sur toi le sang ruissèle,Et du choc de cent coups‖ ta lame vibre encor !
Je suis content de toi,‖ tu comprends bien mon âme,Tu guettes ses désirs ;‖ quand mon bras assassinTe pousse, en l’air traçant‖ une courbe de flamme,Tu vas à la victime‖ et lui cribles le sein.
Dors, mon bon poignard, dors,‖ vieux compagnon fidèle,Dors, bercé dans ma main,‖ patriote trésor !Tu dois être bien las ?‖ sur toi le sang ruissèle,Et du choc de cent coups‖ ta lame vibre encor !
Aujourd’hui, ta vengeance‖ est nourrie ; une proieA roulé devant toi‖ sur la place… est-ce pas ?C’est bonheur de frapper‖ un tyran ? et, de joieCrier entre ses os,‖ d’y clouer le trépas !
Dors, mon bon poignard, dors,‖ vieux compagnon fidèle,Dors ! bercé dans ma main,‖ patriote trésor !Tu dois être bien las ?‖ sur toi le sang ruissèle,Et du choc de cent coups‖ ta lame vibre encor !
La mort d’un oppresseur,‖ va, ne peut être un crime :On m’enchaîna petit,‖ grand j’ai rompu mes fers.Le peuple a son réveil ;‖ malheur à qui l’opprime !Il mesure sa haine‖ au joug, aux maux soufferts.
Dors, mon bon poignard, dors,‖ vieux compagnon fidèle,Dors, bercé dans ma main,‖ patriote trésor !Tu dois être bien las !‖ sur toi le sang ruissèle,Et du choc de cent coups‖ ta lame vibre encor !
Tiens ! vois-tu ce bonnet‖ penché sur ma crinière ?Dans le sang d’un espion‖ trois fois je l’ai jeté :Sa pourpre me sourit ;‖ qu’il soit notre bannière !Qu’il soit le casque saint‖ de notre Déité !
Dors, mon bon poignard, dors,‖ vieux compagnon fidèle,Dors, bercé dans ma main,‖ patriote trésor !Tu dois être bien las ?‖ sur toi le sang ruissèle,Et du choc de cent coups‖ ta lame vibre encor !
Suspendue à mon flanc,‖ bien aimée estocade,Toujours tu sonneras…‖ je baise ton acier !Et, d’opimes joyaux,‖ même dans la décade,Couverte tu seras‖ comme un riche coursier.
Dors, mon bon poignard, dors,‖ vieux compagnon fidèle,Dors, bercé dans ma main,‖ patriote trésor !Tu dois être bien las ?‖ sur toi le sang ruissèle,Et du choc de cent coups‖ ta lame vibre encor !
Versification
- Forme
- 11 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 11(abab)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 11 quatrains
- Mots à la rime
- a fidèle / ruissèle féminineb trésor / encor masculinea âme / flamme féminineb assassin / sein masculinea proie / joie féminineb pas / trépas masculinea crime / l’opprime féminineb fers / soufferts masculinea crinière / bannière féminineb jeté / Déité masculinea estocade / décade féminineb acier / coursier masculine
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Rapsodies, M. Levy,Paris, 1868· numérisation poesies.net· Sources