Les Lauriers de l’Olympe, 1907· La nature
Le soir
Pour Alfred Joubert.
O Soir délicieux comme un jardin de roses,Bercez l’âme du jour endormi dans vos brasAu souvenir ardent de ses apothéosesDe hérault des clartés que la mort n’atteint pas.
Vos enivrants parfums recouvrent les collinesEt les champs de leur voile impalpable et léger ;Beau Soir au teint d’œillets, de mousses, de glycines,Vous êtes le paisible et le bon messager.
La Nature sourit à la flamme amoureuseDont vous incendiez les herbes des sentiers.Je vous sens sur le blé que votre haleine creuse,Je vous devine au bord du fleuve et des halliers.
L’eau du lac resplendit comme un miroir de feu.Et vos mains sur le sol se baissent pour étendreUn tapis de lueur sanguine ou camaïeu.Vous lancez au zénith des traits de pourpre tendre.
Et c’est vous qui passez dans l’aubade que chanteUn roitelet croyant à l’aurore du ciel,Et qui gonflez mon cœur comme une hymne enivrante,O Soir délicieux, Soir plus doux que le miel…
20 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les Lauriers de l’Olympe, Paris, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1907· numérisation numelyo.bm-lyon.fr· Sources