Rythmes et Nombres, 1895· Heures Latines
François d’assise
Sur le coteau où la pente devient moins
roide, naquit au monde un soleil comparable
au soleil du Gange, et si l’on évoque
ce lieu, qu’on ne l’appelle pas Assise, ce
serait dire trop peu, mais Orient si l’on veut
bien parler.DANTE.Paradis, V.
I
QUAND ton âme aux clartés d’en haut s’ouvrit, surprise,François, tu négligeas la foule et sa faveur ;Tu vécus à l’écart, aimant, plein de ferveur,L’Humilité qu’on méconnaît et qu’on méprise.
La Bonté fut ta loi, la Beauté ton emprise.En butte aux factions, tu cheminais, rêveur,Les yeux levés au ciel, implorant un Sauveur,Et tu connus l’affreux dédain qui martyrise.
Mais pour l’insulte, ô Saint, tu n’eus que de l’amour ;L’extase ravissait ton esprit, chaque jour ;Tu savais quel abîme et quel néant nous sommes.
Et dès qu’au loin le soir étendait ses réseaux,Tu venais oublier les injures des hommesEn conversant avec tes frères les oiseaux.
II
Tu meurs, et tout à coup voici que ta doctrine,Prônant la charité, l’oubli, l’effacement,Va porter en tous lieux son pur enseignement,Et ton ordre fleurit sur un monde en ruine.
Les sceptiques rieurs, les gens d’humeur chagrineQu’étonnèrent ta vie et ton renoncement,S’agenouillent sur ton sépulcre maintenant ;Grégoire, en t’invoquant, se frappe la poitrine.
Aux chapelles d’Assise on voit briller bientôtLes belles fresques d’or du divin Giotto ;Puis pour perpétuer la légende et l’histoire,
Éterniser ton œuvre et proclamer ta gloire,Dante immortel raconte à la postéritéTon union mystique avec la Pauvreté.
28 vers· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Rythmes et Nombres, Lyon, ALPHONSE LEMERRE, ÉDITEUR, 1895· numérisation books.google.com· Sources