Les poëmes de l’amour et de la mer, 1876· III L’amour divin
XXVIII. « Hélas ! il est trop vrai, le temps seul est vainqueur »
Hélas ! il est trop vrai,‖ le temps seul est vainqueurEt nous pouvons survivre‖ à la passion morte.En dépit de l’élan‖ qui souvent nous emporte,Nous avons le cerveau‖ plus puissant que le cœur.
L’égoïsme éternel,‖ roi féroce du monde,Voit tomber à ses pieds‖ tous nos rêves brisés…Qui sait ce que le vent‖ a fait des longs baisersQu’il nous prit, une nuit‖ énervante et féconde ?
Pourtant, je me souviens‖ encor. — Le sombre cielM’a vu lever vers lui‖ des mains désespérées,Quand, l’esprit débordant‖ de visions sacrées,J’écoutais palpiter‖ l’amour universel.
Je rêvais l’harmonie‖ immortelle et divine,Je voulais qu’une voix‖ se levât dans la nuit,Qu’une forme apparût‖ et soudain m’éblouîtEt que ce cœur gonflé‖ me brisât la poitrine !
Mais depuis, j’ai compris.‖ L’impassible universS’est réveillé, superbe‖ et revêtu de gloire,Flagellant sans pitié‖ de son chant de victoireTous les plaisirs tentés‖ et tous les maux soufferts.
Et cette vision‖ m’a bien suffi. Je tireEntre la vie et moi‖ le rideau de l’oubli ;Je vivrai désormais‖ comme un enseveliSans que l’espoir en moi‖ puisse une fois sourire.
Et je me construirai‖ je ne sais quel châteauQue hantera le spectre‖ épouvantable et tristeDu souvenir glacé‖ qui se dresse, et persisteA jeter sur mon front‖ l’ombre de son manteau.
L’illusion, l’amour‖ des choses entrevues,La beauté de la vie‖ épanouie un jourDans quelque œuvre pourront‖ revivre tour à tourEt flamboyer pour moi‖ de leurs splendeurs perdues.
Et que m’importerait‖ d’avoir été vaincuPar mon âme impuissante‖ et sitôt assouvie,Si je pouvais renaître‖ et composer ma vieAvec, le souvenir‖ de ce que j’ai vécu ?
Versification
- Forme
- 9 quatrains (quatrains)
- Rimes
- 9(abba)
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 9 quatrains
- Mots à la rime
- a vainqueur / cœur masculineb morte / emporte fémininea monde / féconde féminineb brisés / baisers masculinea ciel / universel masculineb désespérées / sacrées fémininea divine / poitrine féminineb nuit / m’éblouît masculinea univers / soufferts masculineb gloire / victoire fémininea tire / sourire féminineb l’oubli / enseveli masculinea château / manteau masculineb triste / persiste fémininea entrevues / perdues féminineb jour / tour masculinea vaincu / vécu masculineb assouvie / vie féminine
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
36 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les poëmes de l’amour et de la mer, Paris, Charpentier et Cie, Libraires-éditeurs, 1876· numérisation gallica.bnf.fr· Sources