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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les poëmes de l’amour et de la mer, 1876· II La mort de l’amour

XXXV. « Il ne nous reste donc, après tant de nuits folles »

Maurice Bouchor· quatrains, alexandrins et octosyllabes, 52 vers

Il ne nous reste donc,‖ après tant de nuits folles,Qu’à nous dire bonsoir‖ et qu’à nous oublier ;Si tant est que l’oubli‖ puisse nous délierD’un millier de serments‖ et de tendres paroles.

Mais je ne veux pas dire,‖ alors que tu t’en vas,Que ce bonheur, c’est ton‖ caprice qui me l’ôte ;Ne me dis pas non plus‖ que tout est de ma faute,Soyons galants, pour Dieu !‖ ne nous insultons pas.

Nous subissons la loi‖ des choses. — Quand j’y pense,Je me dis « Pourquoi donc‖ nous être tant aimés,Pourquoi les soirs d’été‖ si doux, si parfumés,Ce murmure amoureux‖ ou ce vaste silence ? »

Mais, puisque nous souffrons‖ tous deux un mal commun,Penses-tu donc que rien‖ ne reste de ces choses ?Oh ! dis, après avoir‖ tant respiré de roses,N’en garderons-nous pas‖ je ne sais quel parfum ?

Et jusques à la mort,‖ en nos chemins arides,Le souvenir des temps‖ qui se sont envolésNe planera-t-il pas‖ sur nos deux fronts voilésOù, parmi les baisers,‖ se creusèrent des rides ?

Mais le temps fatal est venu,L’amour t’a de nouveau conquise ;Il me semble te voir assise,Ma chère, auprès d’un inconnu.

Te dit-il les mêmes parolesQui jadis ont troublé ton cœurEn dépit du rire moqueurQui volait sur tes lèvres folles ?

L’amour n’a qu’un air à chanter,Mais il est si doux et si tendreQu’une femme pourrait l’entendrePendant toute l’éternité.

Regardant sa tête si chère,Tu vas glisser entre ses bras,Et tu lui répètes tout basCe que tu me disais naguère.

Non ! ta jeunesse est là‖ qui m’aimera toujours ;Tu ne verseras pas‖ les mêmes pleurs d’amour,Tu n’auras pas la voix‖ si fraîche et si câline !Le regard de tes yeux qui toujours m’illumineNe le percera pas,‖ lui, de sa flèche d’or,Car ta jeunesse est mienne‖ et m’appartient encor.Toutes les voix du ciel,‖ dans la nature immense,Auront beau murmurer‖ l’éternelle romanceDe la sainte beauté,‖ du printemps et des fleurs,Et nous dire d’aimer‖ du profond de nos cœurs,Nous resterons pensifs‖ au milieu de nos joies ;Si l’herbe est d’émeraude‖ et que le ciel flamboie,Alors qu’au clair soleil‖ les. fleurs resplendiront,N’osant pas, malgré tout,‖ nous couronner le frontDe roses ni de lis,‖ mais de sombres pensées,Nous porterons le deuil‖ de nos amours passées.

Versification

Forme
Quatrains
Rimes
1{9(abba) 8((aa))}
Mètre
Alexandrins et octosyllabes (36 de 12, 16 de 8)· profil 8, 6−6
Strophes
9 quatrains, 1 distique
Mots à la rime
a folles / paroles féminineb oublier / délier masculinea vas / pas masculineb l’ôte / faute fémininea pense / silence féminineb aimés / parfumés masculinea commun / parfum masculineb choses / roses fémininea arides / rides féminineb envolés / voilés masculinea venu / inconnu masculineb conquise / assise fémininea paroles / folles féminineb cœur / moqueur masculinea chanter / l’éternité masculineb tendre / l’entendre fémininea chère / naguère féminineb bras / bas masculinea toujours / d’amour masculineb câline / m’illumine fémininea d’or / encor masculineb immense / romance fémininea fleurs / cœurs masculineb joies / flamboie fémininea resplendiront / front masculineb pensées / passées féminine

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Les poëmes de l’amour et de la mer, Paris, Charpentier et Cie, Libraires-éditeurs, 1876· numérisation gallica.bnf.fr· Sources