Dernières chansons, 1869
VI. Oh ! serait-ce vrai, ma belle
Oh ! Serait-ce vrai, ma belle,Ce qu’un prêtre m’a conté,Qu’une torture éternelleSuit la douce volupté,Que la blanche main des femmesSans cesse attire nos âmesAu fond des gouffres ardents,Et qu’au ténébreux empireOn doit payer un sourirePar des grincements de dents ?
Ta lèvre en doux mots abondeEt tu riras de mes fers,Juliette, dans ce monde,Astarté, dans les enfers !Oui, ‒ je le sens, dans mon âme ‒Satan pour soeur te réclameAux rivages embrasés ;Car ton regard est de flamme,Et brûlants sont tes baisers !
Calmes dans leur allégresse,Jamais les élus aux cieuxN’ont bu cette ardente ivresseQui petille dans tes yeux ;Pour eux jamais, ô ma belle,Tant d’amour ne chargea l’aileDu timide séraphin,Et l’éternelle ambroisieContient moins de poésieQu’une goutte de ton vin !
Démon ! Démon ! Que m’importeQue par une dure loiLe ciel me ferme sa porteSi j’ai l’enfer avec toi ?Fille des sombres phalanges,Rions des craintes étrangesQui planent sur les tombeaux ;J’aurais plutôt peur des anges,Quand les diables sont si beaux !
Versification
- Forme
- Dizains
- Rimes
- 2{1(ababccdeed) 1(ababccdcd)}
- Mètre
- Heptasyllabes
- Strophes
- 2 dizains, 2 neuvains
- Mots à la rime
- a belle / éternelle féminine, classiqueb conté / volupté masculine, classiquec femmes / âmes féminine, classiqued ardents / dents masculine, classiquee empire / sourire féminine, classiquea abonde / monde féminine, classiqueb fers / enfers masculine, classiquec âme / réclame / flamme féminine, classiqued embrasés / baisers masculine, classiquea allégresse / ivresse féminine, classiqueb cieux / yeux masculine, classiquec belle / l’aile féminine, classiqued séraphin / vin masculine, classiquee ambroisie / poésie féminine, classiquea m’importe / porte féminine, classiqueb loi / toi masculine, classiquec phalanges / étranges / anges féminine, classiqued tombeaux / beaux masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
38 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Dernières chansons, Paris, M. Levy, 1872· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources