Réglages

Mémorisé dans ce navigateur.

Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Dernières chansons, 1869

XXVIII. Une baraque de la foire

Louis Bouilhet· 11 quatrains, décasyllabes, 44 vers

Oh ! Qu’il était triste,‖ au coin de la salle !Comme il grelottait,‖ l’homme au violon !La baraque en planche‖ était peu d’aplomb,Et le vent soufflait‖ dans la toile sale.

Des bourgeois blasés ‒‖ l’un d’eux s’en alla ! ‒Raillaient à plaisir‖ ces vieilles sornettes,Ainsi qu’il convient‖ à des gens honnêtesQui sont revenus‖ de ces choses-là !

Dans son ermitage,‖ Antoine, en prière,Se couvrait les yeux,‖ sous son capuchon ;Les diables dansaient ;‖ ‒ le petit cochonPassait, effaré,‖ la torche au derrière.

Découvrant sa gorge,‖ et portant, je croi,Sur son carton peint,‖ la mouche assassine,En grand falbala‖ venait Proserpine,Comme une princesse‖ à la cour d’un roi.

Tout l’enfer sautait‖ au bout des ficelles.‒ Dieu l’avait permis,‖ très-évidemment ! ‒Puis ce fut le tour‖ du bleu firmamentAvec ses pétards‖ et ses étincelles.

Le soleil tournait,‖ plein de véritéChaque trou d’étoile‖ était à sa place,Des anges bouffis‖ flottaient dans l’espace,Pendus au plafond‖ pour l’éternité.

‒ oh ! Qu’il était triste !‖ Oh ! Qu’il était pâle !…Oh ! L’archet damné‖ raclant sans espoir !Oh ! Le paletot‖ plus sinistre à voirSous les transparents‖ aux lueurs d’opale !

Comme un choeur antique‖ au sujet mêlé,Il fallait répondre‖ aux péripéties,Et quitter soudain,‖ pour des facéties,Le libre juron,‖ tout bas grommelé !…

Il fallait chanter !‖ Il fallait poursuivrePour le pain du jour,‖ la pipe du soir,Pour le dur grabat‖ dans le grenier noir,Pour l’ambition‖ d’être homme et de vivre !

Mais parfois, dans l’ombre ‒‖ et c’était son droit ! ‒Il lançait, lui pauvre‖ et transi dans l’âme,Un regard farouche‖ aux pantins du drameQui reluisaient d’or‖ et n’avaient pas froid.

Puis ‒ comme un rêveur‖ dégagé des choses ‒Sachant que tout passe‖ et que tout est vain,Sans respect du monde,‖ il chauffait sa mainAu rayonnement‖ des apothéoses !…

Novembre 1867.

Versification

Forme
11 quatrains (quatrains)
Rimes
11(abba)
Mètre
Décasyllabes· profil 5+5
Strophes
11 quatrains
Mots à la rime
a salle / sale féminine, classiqueb violon / d’aplomb masculine, non classiquea alla / choses-là masculine, classiqueb sornettes / honnêtes féminine, classiquea prière / derrière féminine, classiqueb capuchon / cochon masculine, classiquea croi / roi masculine, classiqueb assassine / Proserpine féminine, classiquea ficelles / étincelles féminine, classiqueb très-évidemment / firmament masculine, classiquea vérité / l’éternité masculine, classiqueb place / l’espace féminine, classiquea pâle / d’opale féminine, classiqueb espoir / voir masculine, classiquea mêlé / grommelé masculine, classiqueb péripéties / facéties féminine, classiquea poursuivre / vivre féminine, classiqueb soir / noir masculine, classiquea droit / froid masculine, classiqueb l’âme / drame féminine, classiquea choses / apothéoses féminine, classiqueb vain / main masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.6· écart moyen à la rime classique 0.2

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

44 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Dernières chansons, Paris, M. Levy, 1872· numérisation CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) http://www.cnrtl.fr/corpus/frantext/frantext.php· Sources