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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Poésies. festons et astragales, 1859

A pradier

Louis Bouilhet· strophes variées, alexandrins, 56 vers

I

Pradier, ta tombe est close,‖ et la foule écouléeA quitté le gazon‖ des morts silencieux ;La muse maintenant‖ de sa douleur voilée,Va commencer pour toi‖ l’hymne religieux !D’autres ont mis leur nom‖ sur la strophe légère,D’autres ont la couleur,‖ ou la note au son pur,Mais ta pensée, ô maître,‖ est de bronze ou de pierre,Et, comme un corps vivant,‖ jette son ombre au mur.

Le bloc âpre et rugueux,‖ sous ta main souveraine,Ondulait comme un dos‖ de léopard dompté ;Et la forme, à ta voix,‖ touchant le socle à peine,S’élançait dans sa grâce‖ et sa virginité.Quand les marteaux sonnaient‖ en cadence rapide,Quand l’atelier vivait,‖ fourmillant et joyeux,Et que, couvrant les murs‖ de sa neige solide,La poussière du marbre‖ étincelait aux yeux,

C’était ton heure à toi !‖ ta passion ! ta vie !A ton front élargi‖ le sang battait plus fort,Et ton âme flottait,‖ dans l’idéal ravie,Comme un vaisseau qui chante‖ en s’éloignant du port !Tu t’exilais du monde‖ au milieu des déesses,Chœur immobile et blanc‖ qui souriait toujours,Bacchantes au sein nu,‖ Dianes chasseresses,Et nymphes dans le bain‖ tordant leurs cheveux lourds !

La beauté qui périt,‖ le sentiment qui passe,S’arrêtaient dans ton œuvre‖ immortels, radieux…Car tu sors, ô Pradier !‖ de cette forte raceQui peupla le ciel vide‖ et nous tailla des dieux !

II

Amis ; ne pleurons pas !‖ au pays bleu des âmes,Il est, il est peut-être‖ un asile écartéOù les maîtres divins‖ qu’ici-bas nous aimâmesVivent pleins de jeunesse‖ et de sérénité.Leur front calme est orné‖ de guirlandes fleuries,Le soleil de l’idée‖ inonde leur regard.Ils suivent lentement‖ de longues galeries,Et vont causant entre eux,‖ de la forme et de l’art !

Sculpteurs, musiciens,‖ et peintres et poëtes,.Ils sont là tous, rêvant‖ au passé glorieux ;L’œuvre de leur génie‖ a peuplé ces retraites,Et leurs créations‖ s’agitent autour d’eux.

Polyclète y sourit‖ près de Junon la belle ;A tes pieds, ô Vénus !‖ Cléomène est assis ;Le satyre, échappé‖ des mains de Praxitèle,Ouvre sa bouche avide‖ aux raisins de Zeuxis ;

Stasicrate, en sueur,‖ sculpte au loin sa montagne,Mu’on suit, dans les prés,‖ ses génisses d’airain,Et le vieil Amphion,‖ chantant par la campagne,Fait danser les rochers‖ sur le mode thébain !

C’est là qu’il est monté‖ parmi les statuaires ;Il habite un beau temple,‖ aux murs étincelants,Et, timides encor,‖ près des déesses fières,Nissia, puis Sapho,‖ s’avancent à pas lents !

Entrez !… vous qui mêlez‖ aux lignes solennellesLes langueurs du contour‖ et le pli gracieux,Filles des temps nouveaux,‖ vous êtes immortelles,A côté des. Vénus‖ Pradier vous place aux cieux !

Versification

Forme
Strophes variées
Rimes
4(ababcdcd) 6(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
5 quatrains, 1 huitain
Mots à la rime
a écoulée / voilée féminine, classiqueb silencieux / religieux masculine, classiquec légère / pierre féminine, classiqued pur / mur masculine, classiquea souveraine / peine féminine, classiqueb dompté / virginité masculine, classiquec rapide / solide féminine, classiqued joyeux / yeux masculine, classiquea vie / ravie féminine, classiqueb fort / port masculine, classiquec déesses / chasseresses féminine, classiqued toujours / lourds masculine, classiquea passe / race féminine, classiqueb radieux / dieux masculine, classiquea âmes / aimâmes féminine, classiqueb écarté / sérénité masculine, classiquec fleuries / galeries féminine, classiqued regard / l’art masculine, classiquea poëtes / retraites féminine, classiqueb glorieux / d’eux masculine, classiquea belle / Praxitèle féminine, classiqueb assis / Zeuxis masculine, classiquea montagne / campagne féminine, classiqueb d’airain / thébain masculine, classiquea statuaires / fières féminine, classiqueb étincelants / lents masculine, classiquea solennelles / immortelles féminine, classiqueb gracieux / cieux masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

56 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Poésies. festons et astragales, Paris, LIBRAIRIE NOUVELLE, 1859· numérisation gallica.bnf.fr· Sources