La fleur d’or, 1874· Livre deuxième A paris
Les deux Statuaires
À Auguste Barbier
Les Athéniens ont créé l’art,
et l’art est la noble couronne du
génie plébéien.BALLANCHE.
Premier statuaire.
Le grand prêtre m’a dit :‖ « Toi qui sculptes la pierre,Comme tes fils un jour,‖ comme autrefois ton père,Sur mon commandement,‖ dans les rites prescrits,Tu vas représenter‖ l’immortel Osiris.En taillant ce granit,‖ toujours qu’il t’en souvienne :Ton ouvrage est le mien,‖ ma pensée est la tienne,Ton orgueil doit plier‖ comme un faible roseau,Et ma main doit guider‖ le fer de ton ciseau ;Moi, prêtre d’Osiris,‖ moi, reflet de sa gloire,J’enseigne au nom des dieux‖ ce qu’on peut faire et croire. »
Second statuaire.
De la blanche Paros‖ ce marbre fut tiré.Pour Delphe au double mont‖ et son temple sacré.J’en veux former un dieu,‖ moi, le Grec Cléoméne,Combattant à Platée‖ et sculpteur dans Athéne.Quels transports surhumains‖ quand le marbre en éclatsTombe, comme tombaient‖ les barbares soldats !L’artiste libre et fier‖ et roi de son génie,Lorsqu’il travaille, entend‖ une douce harmonie :Une muse l’anime‖ et découvre à ses yeuxSous la pierre jalouse‖ un corps mystérieux.
Premier statuaire.
« Que le dieu soit assis ;‖ que sa tunique étroiteL’entoure jusqu’aux pieds‖ sans plis et toute droite ;Que le long de son corps‖ ses deux bras soient liés,Et qu’un lien pareil‖ rapproche ses deux pieds ;Que ses yeux sans regard,‖ sa bouche sans parole,De l’immobilité‖ soient l’effrayant symbole :Les peuples apprendront,‖ en contemplant leur dieu,Que tout est immuable,‖ éternel en ce lieu ;Que la loi règle tout,‖ jusqu’à l’air de la face ;Qu’on doit vivre immobile‖ et muet, à sa place. »
Second statuaire.
Apollon, jeune dieu‖ qui sais lancer les traitsEt suis ta sœur Diane‖ à travers les forêts,Intrépide coureur‖ à la taille élancée,Chantre à la lyre d’or,‖ ô dieu de la pensée,Du bloc qui te retient‖ sors léger, triomphant,Ta chlamyde flottante‖ abandonnée au vent !Sur ton front, dans tes yeux,‖ que la Grèce ravieAdmire, en t’adorant,‖ le mouvement, la vie !O dieu jeune, dieu libre,‖ ô dieu plein de beauté.Montre-nous comme on marche‖ avec grâce et fierté !
Versification
- Forme
- Distiques
- Rimes
- 20((aa))
- Mètre
- Alexandrins· profil 6+6
- Strophes
- 1 distique
- Mots à la rime
- a pierre / père féminine, classiqueb prescrits / Osiris masculine, classiquea souvienne / tienne féminine, classiqueb roseau / ciseau masculine, classiquea gloire / croire féminine, classiqueb tiré / sacré masculine, classiquea Cléoméne / Athéne féminine, classiqueb éclats / soldats masculine, classiquea génie / harmonie féminine, classiqueb yeux / mystérieux masculine, classiquea étroite / droite féminine, classiqueb liés / pieds masculine, classiquea parole / symbole féminine, classiqueb dieu / lieu masculine, classiquea face / place féminine, classiqueb traits / forêts masculine, classiquea élancée / pensée féminine, classiqueb triomphant / vent masculine, classiquea ravie / vie féminine, classiqueb beauté / fierté masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 1.2· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
40 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de Auguste Brizeux — LA FLEUR D’OR, Paris, Alphonse Lemerre, éditeur, 1981· numérisation wikisource.org· Sources