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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

La fleur d’or, 1874· Livre neuvième En Bretagne

Lo’-Théa

Auguste Brizeux· 14 quintils, octosyllabes et alexandrins, 70 vers

DANS les vallons, sur les montagnes,J’irai, suivant partout‖ les rives du Létà,Et les tristesses, mes compagnes,S’adouciront dans ces campagnes :Salut à ton clocher !‖ Salut, cher Lo’-Théa !

Pourquoi, de soupirs oppressée,T’attrister, ô mon âme,‖ et me troubler toujours !Dans l’avenir mets ta pensée.Ta vie à peine commencéeTe promet encor de beaux jours.

Faut-il de regrets et de blâme,Ennemi de soi-même,‖ exciter sa douleur ?Non, l’espoir serein nous réclame,Il verse sa rosée à l’âmeComme le matin à la fleur.

Le bien et le mal, noir mélange,Nous viennent tour à tour‖ de l’enfer et du ciel.J’ai bu l’absinthe avec sa fange,Au calice doré de l’angeSouvent j’ai savouré le miel.

Doux Lo’-Théa, fraîche vallée,Paroisse où mon enfance‖ errait toute à l’espoir,Où, par ses ennuis rappelée,Ma jeunesse errante et troubléeChaque automne vient se rasseoir,

Pardonnez, ô belle nature.Tous ces combats mauvais‖ du cœur et de l’esprit ;Bien que souffrant de ma blessure,Plus calme enfin je me rassureSous la main qui frappe et guérit.

Celui qui vous fit tant de charmes,A-t-il, maître jaloux,‖ défendu d’être heureux ?Chemin d’épreuves et d’alarmes.Faut-il vous arroser de larmesAvant d’arriver dans les cieux ?

J’en crois votre aspect qui console.Hêtres, pins murmurants,‖ fleurs d’or, et vous, ruisseaux,Votre beauté n’est point frivole ;L’ennui qui prés de vous s’isoleS’endort mieux au bruit de vos eaux.

Puisse, légère aussi, la peineComme l’eau de ce pré‖ sur moi glisser et fuir !Détaché d’ambition vaine.Sans fiel, sans détours et sans haine,Qu’ai-je à craindre de l’avenir ?

Oui, des ennuis où tu te plonges,Cœur longtemps éprouvé,‖ dégage enfin tes jours ;Reviens à tes premiers mensonges ;Ton âge encore a de beaux songes,Ton âge de belles amours.

À l’espérance jeune et blonde,Crédule, livre-toi,‖ comme dans ton matin…Voyageur entraîné par l’onde.Que jamais mon regard ne sondeLes flots qui portent mon destin.

Vivons de la vie idéale,Vivons de la nature‖ et du charme des vers,Heureux du chant de la cigale,Du parfum que la lande exhaleOu qui descend des taillis verts.

Respire donc, âme oppressée.Et fais part aux bons cœurs‖ de tes apaisements :Durant notre époque abaissée.Quand tout déprime la pensée.Toi, relève les sentiments.

Vous avez trouvé dans l’étudeLe calme intérieur‖ que me versent les bois :Tout à notre chère habitude,Oh ! laissons en accord‖ nos pensers et nos voix.Doux amis de la solitude !

Versification

Forme
14 quintils (quintils)
Rimes
13(abaab) 1(ababa)
Mètre
Octosyllabes et alexandrins (54 de 8, 16 de 12)· profil 8, 6+6
Strophes
14 quintils
Mots à la rime
a montagnes / compagnes / campagnes féminine, classiqueb Létà / Lo’-Théa masculine, classiquea oppressée / pensée / commencée féminine, classiqueb toujours / jours masculine, classiquea blâme / réclame / l’âme féminine, classiqueb douleur / fleur masculine, classiquea mélange / fange / l’ange féminine, classiqueb ciel / miel masculine, classiquea vallée / rappelée / troublée féminine, classiqueb l’espoir / rasseoir masculine, classiquea nature / blessure / rassure féminine, classiqueb l’esprit / guérit masculine, classiquea charmes / d’alarmes / larmes féminine, classiqueb heureux / cieux masculine, classiquea console / frivole / s’isole féminine, classiqueb ruisseaux / eaux masculine, classiquea peine / vaine / haine féminine, classiqueb fuir / l’avenir masculine, classiquea plonges / mensonges / songes féminine, classiqueb jours / amours masculine, classiquea blonde / l’onde / sonde féminine, classiqueb matin / destin masculine, classiquea idéale / cigale / exhale féminine, classiqueb vers / verts masculine, classiquea oppressée / abaissée / pensée féminine, classiqueb apaisements / sentiments masculine, classiquea l’étude / habitude / solitude féminine, classiqueb bois / voix masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

70 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de Auguste Brizeux — LA FLEUR D’OR, Paris, Alphonse Lemerre, éditeur, 1981· numérisation wikisource.org· Sources