La fleur d’or, 1874· Livre sixième A Naple
Morgana*
À Hersart de la Villemarqué
Un pâtre.
DEBOUT, mes bons seigneurs !‖ c’est assez pour Morphée.Allons voir Morgana la fée,Sur un char de vapeurs‖ avec l’aube arrivée.
Chaque été, prenant son essor.Légère, elle s’en vient‖ des brumes de l’ArvorBâtir ici ses palais d’or.
Au pâtre de Reggio‖ si vous tardez à croire,Gravissons le haut promontoire :Là nous verrons la fée‖ et dans toute sa gloire.
Que de monde ! ouvrez bien les yeux :Le prodige veut naître,‖ et déjà des flots bleusS’étend le miroir onduleux.
Place au pâle étranger !‖ Car peut-être Morgane(Comme au pasteur notre Diane)Un soir lui dévoila‖ sa beauté diaphane.
Un voyageur.
Non ! — Pourtant d’aïeul en aïeul,Comme un saint talisman‖ que l’aîné portait seul,Mon nom me faisait son filleul.
Enfant, j’errai longtemps‖ aux féeriques royaumes,M’enivrant de couleurs, d’arômes :Hélas ! je suis encore‖ un chasseur de fantômes !
Oh ! le caprice est mon vainqueur.Sujet d’un bon Génie‖ ou d’un Esprit moqueur,Je cède aux rêves de mon cœur.
Le pâtre.
Regardez ! regardez !‖ docte magicienne,Sur la vague sicilienne,La fée a commencé‖ son œuvre aérienne.
Ah ! voyez sous les doigts divinsS’entasser les coteaux‖ sillonnés de ravins…J’entends frissonner les sapins !
Un artiste.
L’amour grossier des champs,‖ ô pâtre, te fascine !Œuvre de Morgane ou d’Alcine,Cet amas de châteaux‖ splendides, c’est Messine.
Un voyageur.
Moi, je vous dis : c’est Bod-cador !Val qu’Arthur emplissait‖ des appels de son cor,Où dans la nuit il chasse encor.
C’est la tour de Léon,‖ c’est un pic de Cornouailles,Elven couronné de broussailles :Mon cœur, voici Carnac,‖ le champ des funérailles !
O bonne fée, à mon retour.Sur nos grèves à toi,‖ dès le réveil du jour,Une belle chanson d’amour !
Pour tes fils d’Occident,‖ ô toi qui recomposesUn pays dans les vapeurs roses.Et sous l’ardent Midi‖ charmes leurs cœurs moroses !
Courbé par ses réflexions.Un savant écoutait :‖ « Ah ! dit-il, épargnonsLeur beau miroir d’illusions ! »
Versification
- Forme
- Tercets
- Rimes
- 16(aaa)
- Mètre
- Octosyllabes et alexandrins (24 de 8, 24 de 12)· profil 8, 6+6
- Strophes
- 5 tercets
- Mots à la rime
- a Morphée / fée / arrivée féminine, classiquea essor / l’Arvor / d’or masculine, classiquea croire / promontoire / gloire féminine, classiquea yeux / bleus / onduleux masculine, classiquea Morgane / Diane / diaphane féminine, classiquea aïeul / seul / filleul masculine, classiquea royaumes / d’arômes / fantômes féminine, classiquea vainqueur / moqueur / cœur masculine, classiquea magicienne / sicilienne / aérienne féminine, classiquea divins / ravins / sapins masculine, classiquea fascine / d’Alcine / Messine féminine, classiquea Bod-cador / cor / encor masculine, classiquea Cornouailles / broussailles / funérailles féminine, classiquea retour / jour / d’amour masculine, classiquea recomposes / roses / moroses féminine, classiquea réflexions / épargnons / d’illusions masculine, classique
- Richesse
- extension moyenne des rimes 0.8· écart moyen à la rime classique 0.0
Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.
48 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Œuvres de Auguste Brizeux — LA FLEUR D’OR, Paris, Alphonse Lemerre, éditeur, 1981· numérisation wikisource.org· Sources