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Pléthore de mots bien,
un seul est le mot juste.

Les voix intimes, 1892· Poésies diverses

A Beauport

Jean Baptiste Caouette· 13 quatrains, alexandrins, 52 vers

A MESSIRE ADOLPHE LÉGARÉ

Drapé dans son manteau‖ de verdure odorante,En face de Québec,‖ de l’Île de Lévis,Beauport baigne ses pieds‖ dans l’onde murmuranteDu fleuve dont nos yeux‖ sont sans cesse ravis.

Son temple ‒ vrai bijou‖ que des mains artistiquesOnt orné de tableaux‖ aux riantes couleurs ‒Dresse vers le ciel bleu‖ ses deux flèches gothiquesQue souvent le soleil dore de ses lueurs.

Depuis douze ou treize ans,‖ au sein de ce villageOnt surgi des villas‖ et quasi des palaisAux donjons tapissés‖ de fleur et de feuillage,Où le mortel ennui‖ ne vient s’asseoir jamais.

L’habitant de Beauport‖ est du Breton le type :Charitable, joyeux,‖ prompt, vif et grand parleur ;Puis en morale il a‖ l’admirable principeDe garder à nos mœurs‖ leur antique splendeur.

Beauport ! ce nom figure‖ au livre de la gloire,Car son sol autrefois‖ a bu le sang des preux ;Laverdière, Garneau,‖ Ferland, dans leur histoireParlent de cet endroit‖ en termes chaleureux.

C’est de là que partaient‖ ces bombes meurtrièresQui jetaient la terreur‖ au milieu des Anglais,Quand ceux-ci, s’avançant‖ sur leurs longues voilières,Voulaient ravir Québec‖ au pouvoir des Français.

Parfois on y découvre,‖ en remuant la terre,Des sabres, des boulets,‖ des débris d’arme à feu ;Et l’on m’a raconté‖ qu’on y trouvait naguèreDes ossements humains,‖ car tout parle en ce lieu.

Ces objets que la rouille‖ a rongés sous la glaise,Rappellent à nos cœurs‖ les mémorables joursOù nos pères luttaient‖ contre l’armée anglaisePour défendre leurs droits,‖ leurs foyers, leurs amours.

Ce lieu possède encore,‖ en ses riches annales,Plus d’un illustre nom‖ par les hommes chéri ;C’est là qu’ont vu le jour‖ deux gloires sans rivales :L’humble Étienne Parent‖ et de Salaberry !

Dès que le printemps brille,‖ et jusques à l’automne,J’habite sous ton ciel,‖ ô village enchanteur !De la ville je fuis‖ le fracas monotone,L’air impur, la poussière‖ et l’ardente chaleur.

Je respire à longs traits‖ les parfums de tes rosesEt les douces senteurs‖ qui s’exhalent des bois ;J’observe les ébats‖ des ailés virtuoses,Et j’écoute, ravi,‖ leurs gracieuses voix.

Puis le soir je contemple,‖ assis au bord des vagues,Toute l’immensité‖ de la mer et des cieux ;Parfois je crois ouïr‖ des bruits étranges, vagues :C’est le flot qui redit‖ ton passé glorieux !

Alors, le cœur ému,‖ je prends mon humble lyreEt mêle mes accords‖ à ces concerts géantsQui s’élèvent des bois,‖ de la chute en délire,Du fleuve, des ruisseaux‖ et des gouffres béants !

20 juillet 1887.

Versification

Forme
13 quatrains (quatrains)
Rimes
13(abab)
Mètre
Alexandrins· profil 6+6
Strophes
13 quatrains
Mots à la rime
a odorante / murmurante féminine, classiqueb Lévis / ravis masculine, classiquea artistiques / gothiques féminine, classiqueb couleurs / lueurs masculine, classiquea village / feuillage féminine, classiqueb palais / jamais masculine, classiquea type / principe féminine, classiqueb parleur / splendeur masculine, classiquea gloire / histoire féminine, classiqueb preux / chaleureux masculine, classiquea meurtrières / voilières féminine, classiqueb Anglais / Français masculine, classiquea terre / naguère féminine, classiqueb feu / lieu masculine, classiquea glaise / anglaise féminine, classiqueb jours / amours masculine, classiquea annales / rivales féminine, classiqueb chéri / Salaberry masculine, classiquea l’automne / monotone féminine, classiqueb enchanteur / chaleur masculine, classiquea roses / virtuoses féminine, classiqueb bois / voix masculine, classiquea vagues féminine, classiqueb cieux / glorieux masculine, classiquea lyre / délire féminine, classiqueb géants / béants masculine, classique
Richesse
extension moyenne des rimes 1.1· écart moyen à la rime classique 0.0

Avec la scansion affichée, chaque voyelle comptée est soulignée et numérotée au survol, les e muets comptés sont en gris, les e non comptés barrés, la césure marquée ‖, la rime soulignée. Les mètres, césures et rimes sont ceux relevés par le Corpus Malherbe, vérifiés par ses auteurs ; cliquer un vers le soumet au scandeur de MotJuste pour comparer.

52 vers· cliquer un vers pour le scander· texte et analyse du Corpus Malherbe (Richard Renault, CRISCO, Université de Caen Normandie), licence CC BY-NC-SA 4.0· d'après Premières poésies, 1892· numérisation Project Gutenberg· Sources